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Un film de Yves Jeuland (France)

« Les gens du Monde » Sortie en salles le 10 septembre 2014.

Alors que la presse écrite traditionnelle est dans l’impasse, qu’elle est menacée par l’arrivée des blogs, tweets et autres révolutions du web, le film d’Yves Jeuland nous propose une plongée au cœur du travail des journalistes du service politique du Monde au cours d’une période particulière : la campagne présidentielle de 2012.

Sa réalisation est l’occasion de suivre au sein de la rédaction comme sur le terrain, les débats qui traversent dans les circonstances particulières, mais aussi de façon plus générale, le grand quotidien du soir .

« Les gens du Monde  » fait du spectateur le témoin privilégié des oppositions et des tensions de la rédaction, de l’enthousiasme et des fous rires des journalistes, de la fatigue, des doutes et d’un quotidien tour à tour paisible ou survolté .

C’est comme si Yves Jeuland avait pris la place de la petite souris de Plantu pendant de longues semaines pour observer cette ruche où se fabrique l’information, où se construisent ces pages qui arrivent entre les mains du lecteur chaque après-midi.

Au lieu d’hommes politiques qu’il a l’habitude de filmer, le cinéaste s’est retrouvé face à un collectif pas toujours bienveillant à l’égard de sa présence dans les locaux du journal.

L’effervescence liée à un événement comme la campagne présidentielle de 2012 présentait le danger d’un film « occasionnel ». C’est pourquoi Yves Jeulaud, soucieux de commettre une œuvre de cinéma non périssable, s’est souvent écarté de l’information au profit de son « contre-champ » c’est à dire ce que l’information provoque, comment les journalistes se l’approprient, la transforment.

Et plutôt que de focaliser son travail sur le candidat Hollande, il a préféré s’orienter vers le tandem de rubricards qui le suivaient : David Revault d’Allonnes et Thomas Vieder parce que ce dernier qui est un twittos d’élite, est très emblématique de la mutation de la presse.

Partant de l’idée que le réel a besoin de grands interprètes, il a choisi parmi les meilleurs « acteurs »,une série de tandems comme Arnaud Leparmentier ou Didier Pourquery, Raphaële Bacqué et Ariane Chemin qui, travaillant en écho, évitent à chacun de rester dans sa bulle, derrière ses écouteurs …

Faisant la différence entre le reportage et le documentaire, il ne s’est senti ni le devoir d’être représentatif, ni celui d’être exhaustif.

Le spectacle de cette ruche au travail, se fait la plupart du temps en toute subjectivité, avec distance entre le filmeur et le filmé et le souci constant de ne jamais rien surligner de sorte qu’à la fin du film, on ait plus de questions que de réponses.

Il y a aussi, chez Yves Jeulaud le souci de redonner ses lettres de noblesse à une profession souvent critiquée. Ainsi, il montre Ariane Chemin qui ne cherche pas le scandale avec l’affaire Strauss-Kahn, Thomas Vieder faisant preuve d’une extrême précision sur un article, des journalistes débattre avec conviction et objectivité, comme des gens qui travaillent énormément, ne comptent pas leur temps, se posent des questions, débattent, bricolent, tâtonnent pour trouver le meilleur titre à un article.

Le film d’Yves Jeulaud offre de nombreux moments passionnants souvent drôles, toujours pris sur le vif mais, que l’ambiance soit à la sérénité ou à la tension, le regard est toujours aigu et l’appréciation semble être d’une grande justesse. A la fois le milieu journalistique politique est démystifié, montré tel qu’on l’imagine, à la fois il dévoile des zones d’ombre qui en génère d’autres.

Francis Dubois

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