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Un film d’Ismaël Ferroukhi (France)

 "Les hommes libres" Sortie le 28 septembre 2011

En 1942, dans Paris occupé par les allemands, Younes, jeune émigré algérien, vit du marché noir. Arrêté au cours d’une rafle par la police française, il accepte, contre sa remise en liberté, d’espionner la Mosquée de Paris où il semblerait que certains responsables, dont le Recteur Si Kaddour Ben Ghabrit, fournissent de faux papiers à des juifs et à des résistants.

A la mosquée, Younes fait la connaissance du chanteur algérien Salim Halali avec qui il se lie d’amitié. En même temps qu’il sort de son ignorance politique et prend conscience de la situation du pays, il découvre que Salim est juif.
 

Il décide de mettre un terme à sa collaboration avec la police.

Avant la guerre, une importante communauté maghrébine débarque en France, en banlieue parisienne, dans la Nord-Pas-de-Calais, en région lyonnaise, autour de Marseille.

En 1939, les Nord-Africains sont une communauté d’environ 100 000 hommes dont une majorité de Kabyles. Ils ont épousé la carte de l’implantation industrielle de l’époque.

Ni français, ni étrangers, ils n’ont aucune existence juridique ou culturelle. Ce sont des hommes "invisibles" qui vivent dans des bidonvilles à Nanterre, Asnières, Gennevilliers ou Boulogne et dans quelques arrondissements parisiens.

A partir de 1942-43, à la suite des grèves ouvrières, devenus solidaires de leurs camarades ouvriers français, certains s’engagent dans la résistance.

Les algériens engagés présents dans les syndicats et les organisations clandestines sont des militants nationalistes qui suivent Messali Hadj qui a refusé la collaboration avec l’Allemagne et qui a été dépouillé de tous ses biens par le Régime de Vichy.

La Mosquée de Paris, comme l’ensemble des Institutions françaises de l’époque a suivi le Maréchal Pétain et les autorités allemandes. Mais individuellement, des membres de la mosquée ont refusé la politique du pouvoir en place.

Si Kaddour Ben Ghabrit, fondateur et Directeur de la Mosquée de Paris pendant l’occupation est de ceux-là. Personnage complexe, fréquentant les milieux parisiens, mélomane et amateur d’arts, affichant ses sympathies pour certains ministres de Vichy et autres officiers allemands, il est néanmoins venu en aide à des résistants et des juifs, au péril de sa vie.

Younes est une sorte de Lacombe Lucien qui se serait engagé dans la direction inverse. Et son ignorance politique le guidera vers le combat pour la liberté.

"Les hommes libres" est un film utile qui lève le voile sur l’existence d’hommes invisibles dans le Paris de l’occupation.

Sur le plan historique, ces immigrés sont complètement absents du paysage de la seconde guerre mondiale. Un autre mérite du fil d’Ismaël Ferroukhi est de présenter le point de vue des maghrébins ayant combattu dans la résistance.

Le film renvoie au contexte actuel si peu propice aux rapprochements communautaires.

Tahar Rahim révélé par le film d’Audiard "Un prophète", confirme son talent et Michaël Lonsdale est très convaincant dans le rôle du Recteur de la Mosquée de Paris.

Francis Dubois

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