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Un film d’Anna Weil et Philippe Kotharski (France-Allemagne-Russie-Canada)

"Les interdits" Sortie en salles le 27 novembre 2013.

En 1979, Carole et Jérôme ont 20 ans. Ils partent pour quelques jours, en voyage organisé, visiter Odessa derrière le rideau de fer.

Ils sont cousins mais se font passer pour des fiancés vis-à-vis du groupe.

Dans la journée, comme les autres touristes, ils visitent monuments et musées. Mais le soir,

négligeant les concerts et les spectacles folkloriques, ils composent les numéros de téléphone qu’on leur avait confiés avant le départ, pour rendre visite à des "refuzniks", ces juifs harcelés par le régime soviétique pour avoir tenté de quitter le pays.

A chacune de leurs visites, ils découvrent un monde inconnu, brutal et en total désarroi.

Si Carole est guidée par l’engagement et le goût du risque, pour Jérôme, la seule motivation du voyage est de se retrouver seul avec sa cousine.

1952 : mise en place de Nativ, organisation rattachée au Ministère du premier ministre de l’État d’Israël, dont le rôle est de favoriser, en ménageant les relations avec l’URSS, l’émigration des juifs soviétiques.

En 1966, plus de dix ans après le début de la déstalinisation, 2047 juifs soviétiques sont autorisés à émigrer.

Juin 1967. Après la guerre des 6 jours, rupture des relations diplomatiques entre l’URSS et Israël. En 1968, le nombre de juifs autorisés à émigrer tombe à 379.

1972, le sort des juifs d’URSS entre dans le débat politique américain.

1973, 34 922 juifs autorisés à émigrer. En 1979, ils sont plus de 51 000.

1980, boycott des jeux olympiques de Moscou. En 1984, 896 autorisations accordées.

9 novembre 989, chute du Mur de Berlin.

Au total, entre 1948 et 1991, 1 300 000 juifs ont quitté l’URSS.

"Les interdits" mettent en scène des juifs parmi ceux qui ont déposé un dossier de demande d’émigration depuis de nombreuses années, qui n’ont jamais obtenu satisfaction et qui se sont résignés à finir leur vie en URSS.

Les "demi-touristes", représentés dans le film par Carole et Jérôme, envoyés par des associations juives, ont pour mission de rencontrer des "refuzniks" pour leur parler d’Israël, d’en vanter les qualités de vie, afin que les futurs dossiers de demande d’émigration ne soient pas tous en faveur des États-Unis.

Parmi les personnes qu’ils rencontrent, il y a Victor dont la femme et le fils ont obtenu un visa alors que lui semble condamné à finir ses jours en URSS dans le dénuement et exposé à une constante menace.

Carole et Jérôme s’attachent à cet homme qui a rédigé en secret un journal qu’il voudrait faire parvenir à sa femme en Israël.

Un autre moyen de pouvoir quitter le pays est de se marier à un étranger. C’est la demande que Véra, la nièce de Victor, adresse à Jérôme qui décline d’autant plus fermement la proposition qu’au cours du séjour, Carole s’est rapprochée de lui.

On pourrait dire de "Les interdits" que c’est un film "à l’ancienne" à cheval sur deux genres qui ont, de tout temps fait leurs preuves : la prise de conscience de situations douloureuses provoquant un déclic de militantisme chez les deux personnages principaux et le film d’amour au dénouement tortueux. Le tout débouchant sur une happy-end nuancée.

Les deux réalisateurs ont réussi à lier les deux genres avec une fluidité confondante, gommant les articulations narratives au point que leur film garde de bout en bout, une belle unité de ton et autant d’efficacité.

Francis Dubois

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