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Un film de Sebastien Lifshitz (France)

"Les invisibles" Sortie en salles le 28 novembre 2012

Nés entre les deux guerres, les hommes et les femmes qui apparaissent et témoignent dans le film de Sébastien Lifshitz ont en commun d’être des homosexuels et d’avoir choisi, à une époque charnière, malgré les difficultés, de vivre leur sexualité au grand jour.

Ils ont aimé, lutté, désiré, fait l’amour et ils racontent, sans provocation, avec parfois beaucoup d’humour, ce que fut pour eux cette vie insoumise avec une profonde détermination : celle de rester des gens comme les autres et de s’épanouir dans une relation longtemps cantonnée dans la marginalité ou associée à une maladie mentale.

Sébastien Lifshitz porte donc un regard sur l’homosexualité des gens âgés aujourd’hui. Il filme leur vie au présent et regarde ce que c’est d’aimer et de vieillir pour des homosexuels qui ont dépassé soixante-dix ans.

Qu’ils vivent en couple une vie tranquille de retraités et s’occupent d’un élevage de perroquets, une passion partagée. Qu’elle ait été élue à la mairie d’un bourg où son homosexualité est connue et reconnue. Qu’il vive seul au milieu de son troupeau de chèvres et se remémore une vie amoureuse où il a donné tour à tour préférence à un sexe ou à l’autre. Qu’elles aient retapé une vieille ferme et vivent depuis trente ans une existence campagnarde complètement épanouie, tous et toutes ont, chacun à sa manière, de façon militante ou pas, contribué à imposer à leur entourage citadin ou rural, et à la société en général, leur préférence sexuelle.

En portant un regard direct et objectif sur chacune des histoires et les personnes qui ont accepté de se "mettre en récit", Sébastien Lifshitz, hors de tout angélisme, et en laissant de côté la lecture victimaire de l’homosexualité, raconte l’évolution de la société française depuis l’après-guerre jusqu’à aujourd’hui, le rôle qu’ont joué dans cette lente modification des mentalités la lutte des homosexuels et celle des mouvements féministes dans les années 60-70.

Si on s’étonne du degré de tolérance constaté parfois (souvent ?), que ce soit au sein des familles, dans les milieux professionnels ou dans le voisinage, on ne peut qu’être admiratifs du courage de ces couples de même sexe, qui vivent ensemble ouvertement depuis plus de 30 ou cinquante ans.

Mais il n’y a rien d’acquis, non plus. Tout cela garde malgré tout un caractère de fragilité et l’intolérance ne pourrait-elle pas à nouveau surgir, dans l’élan d’une nouvelle évolution, d’une radicalisation des mœurs, d’un retour à une radicalisation des règles de morale ?

Mais on retiendra le constat optimiste du film de Sébastien Lifshitz, les visages sereins, les comportements joviaux, l’humour et l’image persistante de ce vieux couple marchant dans la ville, l’un encore vaillant épaulant l’autre qui traîne la jambe.

Francis Dubois

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