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Un film de Romain Goupil (France)

"Les jours venus" Sortie en salles le 4 février 2015.

Un jour arrive où tout bascule.

Où l’homme de soixante ans reçoit un courrier administratif qui, faisant référence à l’âge et au statut, le pousse vers la porte de sortie ; un jour où une jolie jeune personne lui laisse sa place dans le bus, un jour où, pour faire un exposé sur mai 68, un groupe d’adolescents l’interrogent comme s’il avait "fait" Verdun.

Cinéma : Les jours venus

Romain Goupil vient d’atteindre l’âge fatidique et comme si ça ne suffisait pas à l’atteindre, le projet de film qu’il mûrissait depuis des années lui passe sous le nez, faute d’avoir l’accord du comédien pressenti.

Il faut trouver une solution de repli et c’est le choc de cet échec qui donne lieu à l’écriture de " Les jours venus", un sujet qui aura fini par convaincre une productrice qui s’est montrée un tantinet condescendante à l’égard de plusieurs autres propositions.

Le film prendra forme au hasard de rencontres et de souvenirs.

On y retrouvera la cité, la Bretagne, le père, la mère, les sœurs, Sanda la mère des enfants rencontrée en 1992 pendant la guerre à Sarajevo, Clémence, Jules et Emma la progéniture. Il y abordera les thèmes de la mort, de l’argent, avec autant de sérieux que de désinvolture.

Car si Romain Goupil peut faire tout un parcours entre des immeubles sans s’étonner de voir tomber des balcons, des pianos qu’il aurait pu recevoir sur la tête, il ne s’étonnera pas non plus quand, convoqué en urgence par sa banquière, au lieu de s’entendre parler de la situation de son compte, il essuiera de la part de la responsable le reproche cinglant de n’avoir rien fait en tant que cinéaste "engagé" sur la situation en Libye !

La soixantaine est-elle l’âge où il faut trouver des activités annexes, comme prendre en charge la présidence du syndic de l’immeuble laissée vacante parce qu’une jolie sculptrice vient d’y aménager ? Ou découvrir en parlant avec un vieux bavard que le temps est passé des mots en "isme’ (communisme, impérialisme, fascisme) au profit des mots en "able" (éco-responsable, non jetable, renouvelable, interconnectable…)

Avec "Les jours venus ", Romain Goupil réalise un film doux-amer, véritable puzzle narratif où apparaissent une foule de personnages proches ou anecdotiques dans des situations qui seraient franchement cocasses si elles ne renvoyaient à l’âge, si elles n’avaient quelque chose de grinçant, de douloureux.

Soixante ans est-il l’âge où on est pris en étau entre les enfants qui prennent doucement la place avec une cruelle innocence et les vieux parents qui, hantés par des réminiscences soixante-huitardes, font surgir des idées avancées sur l’éducation…

Tour à tour, la drôlerie et la gravité occupent le devant de ce film qui est avant tout une œuvre aboutie, réjouissante, drôle.

Romain Goupil sait rire de lui et de ses préoccupations d’homme au "bord de l’âge" mais l’émotion qui touche à son intimité, toujours présente, sait faire mouche !

Il faut voir ce film pour se préparer à la soixantaine ou pour se remémorer l’époque de "la bascule".

Francis Dubois

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