Actualité théâtrale

Athénée – Théâtre Louis-Jouvet jusqu’au 9 juin 2012

"Les larmes amères de Petra Von Kant" Texte de Rainer Werner Fassbinder. Mise en scène Philippe Calvario

Si on s’en remet à l’accueil que le public réserve aux " Larmes amères de Petra von Kant" au moment des applaudissements, on doit se rendre à l’évidence, se dire que le spectacle remplit son contrat et que ses qualités sont réelles.
Si l’on se place du point de vue beaucoup plus réservé des quelques spectateurs qui partent en cours de représentation ou qui n’éprouvent pas le besoin d’applaudir à la fin, on peut se dire que l’émulsion ne s’est pas faite entre l’auteur Fassbinder et le metteur en scène Philippe Calvario.
Le décor et les costumes conviennent parfaitement à la première vision du spectacle. Présence de mannequins de vitrines, vêtues des futures créations de la grande créatrice Petra Von Kant, rideaux de perles chatoyantes, lumières à l’avenant, mobilier design, le tout regroupé dans un lieu unique qui est à la fois la chambre de la "Diva" de la couture, son bureau, son salon.
Ils sont beaucoup moins convaincants, le décor et le reste, et font figure de pacotille si on se place du point de vue de ce que l’on sait, à travers ses films surtout, de l’univers dramatique de Fassbinder.
On peut saluer la performance de tragédienne de Maruschka Detmers dans la première option, dire d’elle qu’elle interprète avec brio ce personnage de femme fantasque, capricieuse à force d’avoir été gâtée par l’existence avant d’être meurtrie par l’amour.
Vue de l’autre côté, on peut la trouver exagérément gesticulante, boulevardière et finalement sans volume dramatique, n’ayant rien à voir, en quoi que ce soit, avec l’héroïne imaginée par Fassbinder et interprétée avec une totale complicité avec l’auteur, par Hanna Schygula.
Les seconds rôles sont moins défendables. Erreurs de casting ou médiocrité du jeu, comment croire un seul instant que Julie Harnois qui joue Karine Thimm, puisse au premier regard, emporter l’adhésion de Petra Von Kant au point qu’elle y perde son âme. Comment imaginer dans l’univers de Fassbinder une écolière comme celle que joue Alix Riemer, primesautière et bébête. Comment croire au jeu pressé et saccadé pour paraître efficace, de Carole Massana qui joue Marlène, le factotum de Petra.
Avec ce spectacle se pose une fois de plus la question des difficultés auxquelles se heurtent les mises en scène de textes qui tiennent plus à une atmosphère qu’à l’histoire qu’ils véhiculent. Philippe Calvario s’ajoute à la liste de ceux qui se cassent le nez à tenter l’exercice, certes ici, très périlleux.
Mais ne pas oublier qu’il existe sous la forme d’un autre spectacle attrayant et "spectaculaire", celui qui se donne aussi sur le plateau de l’Athénée, qui s’appelle aussi " Les larmes amères de Petra Von Kan" et que celui-là, qui a oublié Fassbinder, plaît beaucoup !
Francis Dubois

Athénée théâtre Louis-Jouvet
Square de l’Opéra Louis-Jouvet
7 rue Boudreau 75 009 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) 01 53 05 19 19 / www.athenee-theatre.com

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