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Un film de Romain Goupil (France)

"Les mains en l’air" Sortie en salles le 9 juin 2010

Mars 2067. Milana, une vieille dame d’origine tchétchène se souvient que soixante ans auparavant, elle et sa mère, parce qu’elles étaient des sans-papiers, avaient failli être expulsées de France et renvoyées dans leur pays d’origine. A l’époque, le gouvernement en place menait une politique répressive à l’égard des immigrés sans carte de séjour. En pleine année scolaire, des enfants pouvaient très bien, du jour au lendemain se retrouver en Centre de rétention avant d’être conduits dans les aéroports où des avions les ramenaient dans un pays que leur parents avaient quitté pour des raisons économiques ou politiques et où, souvent, leur vie était menacée.
Si Milana a complètement oublié le nom du Président de la République de l’époque, elle garde par contre un souvenir précis de son année de CM2 dans une école parisienne et de ses camarades de classe qui s’appelaient Blaise, Alice, Claudio, Ali, Youcef… Un jour, la chaise qu’occupait Youcef est restée vide et Milana et sa mère ont vécu dans la hantise qu’il leur arrive la même chose.
Ce qui s’est passé à l’époque est maintenant considéré comme d’une indignité totale et les responsables de cette situation qui avaient de la même façon, refusé d’aider Sarajevo tout comme ils avaient détourné les yeux de ce qui se passait au Rwanda ou en Tchétchénie ont été désavoués et Milana décrit ce qu’on a fait subir en France dans les premières décennies du 21ème siècle à des familles d’immigrés et à leurs enfants comme quelque chose de totalement incompréhensible en 2067.
Face au danger d’expulsion qui menaçait les enfants de nos écoles, les camarades de nos enfants, les bons sentiments et les élans velléitaires ne suffisaient pas. Certains drames saillants comme à Amiens, celui du petit garçon tombé d’un toit alors qu’il fuyait la police ou de cette femme chinoise qui s’était défenestrée pour la même raison, une partie de l’opinion publique s’était mobilisée et le Réseau d’Education Sans Frontières avait multiplié ses antennes un peu partout en France. Mais les meilleures sentiments du monde s’émoussaient avec le temps, le silence des médias, et les rangs des militants occasionnels s’étaient petit à petit clairsemés.
Si les motivations généreuses des adultes se heurtaient souvent à la lassitude, au manque de temps ou au sentiment d’impuissance, les enfants eux, avaient une autre perception de ces situations et réagissaient de façon immédiate avec un élan directement lié à la nature des liens spontanés qui s’étaient tissés entre eux et à ce sens particulier de la justice qui les caractérisait parce qu’il ne passait pas, comme chez les adultes, par les filtres des questionnements. Leur camarade Milana ne devait pas subir le même sort que Youcef. Ils allaient y veiller, prendre la situation en main à leur façon en prêtant serment comme dans un épisode du "Club des cinq" en organisant une fugue collective. Si Cendrine, la mère de l’un d’entre eux, réagit en prenant le risque d’héberger chez elle la fillette en danger d’expulsion, les enfants, eux, se lancent dans une aventure à la hauteur de leur sens de la solidarité, de leur générosité naturelle et de leur pouvoir d’imagination. La force de la démarche de Romain Goupil est d’avoir évité de faire un film réaliste même si la toile de fond reste réaliste. Son récit prend la tournure d’un conte et la part de jeu où s’engagent les enfants n’ôte rien à la gravité de la décision et à leur détermination. La "bande de copains" est un élément récurrent dans les films de Romain Goupil. Il y a eu le clan des militants du service d’ordre de "Mourir à trente ans", un groupe solidaire de copines dans "A mort, la mort" et ses vrais copains dans "Une pure coïncidence"
Pour le cinéaste, le groupe est la seule façon de perpétuer l’utopie d’un autre possible et le moyen d’inventer et d’imposer d’autres règles.
Le film anticipe de façon optimiste sur un avenir meilleur débarrassé de son inhumanité.
Francis Dubois

Ciné débat en présence du réalisateur le 16 juin - 20 h 30 - au cinéma LE TRIANON /Noisy-le-Sec / Romainville (Tél : 01 48 45 68 53)

Séance organisée en partenariat avec la section Bondy-Noisy-Rosny de la Ligue des Droits de l’Homme et RESF Noisy le Sec

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