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Un film de Brigitte Sy (France)

"Les mains libres" Sortie en salles le 16 juin 2010

Barbara est documentariste. Pour son dernier film en préparation, elle a choisi de travailler sur le milieu carcéral. Son projet est de construire un scénario à partir d’entretiens avec des détenus de longue peine dans une maison centrale de la banlieue parisienne.
Deux fois par semaine, elle les retrouve pour des séances d’écoute ou d’improvisation. Au fil des rencontres de travail, un rapprochement et une complicité se produisent entre Barbara et Michel, un détenu du groupe. Leur histoire clandestine ne le restera pas longtemps et Barbara est amenée un jour, par amour, à transgresser la loi.

Pendant une dizaine d’années, Brigitte Sy a réalisé en prison des mises en scène avec des hommes et des femmes incarcérés. "Les mains libres", son premier long métrage est une fiction issue de cette expérience, l’histoire d’un amour et d’un tournage dans un lieu qui ne se prête ni à l’un ni à l’autre.
Le milieu carcéral a souvent inspiré le cinéma. Le monde clos de la prison, la cohabitation d’individus aux personnalités contrastées, la promiscuité, les règles qui régissent la vie en communauté des détenus, les rivalités peuvent ouvrir sur toutes sortes de récits selon que le choix du scénario se porte sur un fait précis comme le projet d’évasion dans "Le trou" de Jacques Becker ou sur l’opposition de clans rivaux dans "Un prophète" de Jacques Audiard…
Le plus souvent, les films qui ont pour cadre la prison sont construits à partir de témoignages ou de faits réels, de récits qu’ont écrits des détenus à partir de leur propre histoire.
"Les mains libres" n’échappe pas à la règle puisque tous les entretiens contenus dans le scénario sont authentiques. Brigitte Sy s’en tient à cette base de travail qu’elle s’est visiblement imposée et le cadre strict de chacun des plans, quand l’action se passe à l’intérieur de la prison, rejoint le cadre limité imposé par le lieu lui même. Une salle de travail, un parloir, un couloir, une cour, des endroits qui semblent n’ouvrir sur aucun prolongement où évoluent des hommes dont les perspectives d’avenir n’existent pas.
Barbara, la réalisatrice, est toute entière vouée à son projet de documentaire et les deux séances hebdomadaires de travail avec les détenus semblent reléguer au second plan, sa vie familiale et sa vie sociale. La rencontre avec Michel la rattache un peu plus à ce lieu clos qui deviendra à ce point important dans son existence qu’elle l’intégrera à son tour.
On pourra reprocher au récit de Brigitte Sy, paradoxalement, un certain angélisme. Ici nul conflit n’oppose les détenus qui sont des gens courtois, généreux et sympathiques, tous heureux de participer à l’expérience du film. Le directeur de la prison est un homme affable et compréhensif et les matons sont dans la tonalité générale.
Mais ce serait faire à Brigitte Sy un mauvais procès puisque son objectif était sans doute de faire abstraction de toute considération des dessous du milieu carcéral pour laisser le champ libre à une histoire douloureuse d’amour et de création artistique sacrifiés.
Les goulées d’air frais qui oxygènent le film, on les doit aux scènes où apparaît le personnage de Rita, l’amie fidèle et positive. Noémie Lvovsky s’est fait une spécialité de ces rôles de mères ou copines dont le comportement déjanté ne nuit nullement à son efficacité.
Francis Dubois

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