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Un film d’Alice Rohrawacher (Italie)

"Les merveilles" Sortie en salles le 11 février 2015.

Dans la campagne italienne, en Ombrie, une famille vit de la production de miel.

La maison qu’ils occupent est délabrée et les conditions de traitement du miel ne répondent sans doute pas aux normes d’hygiène.

D’évidence, cette famille n’est pas d’origine paysanne. Peut-être sont-ils des citadins qui ont fait un retour à la terre.

Autour de Gelsomina, l’aînée des filles, de Marinella, Caterina et Luna, les trois cadettes, les parents forment un couple plutôt désassorti. La mère a l’air d’une citadine reconvertie mais le père, guidé par le rapport privilégié qu’il veut entretenir avec la nature, possède l’âpreté d’un homme de la terre.

Les règles strictes qui régissent la famille vont être bousculées avec l’arrivée dans la ferme de Martin, un jeune délinquant accueilli dans le cadre d’un programme de réinsertion et par le tournage, à proximité, du " Village des merveilles " un jeu télévisé dont le premier prix attribué correspond à une forte somme d’argent…

Cinéma : les merveilles

Longtemps, on s’interroge sur le parti pris de narration d’Alice Rohrawacher, sur le fonctionnement de cette famille soudée, vivant en marge de la société, sur les trois gamines et l’adolescente vouées à l’entretien des ruches, à la récolte du miel, sur la progression chaotique du récit et sur l’identité des personnages des adultes dont on n’aura pas appris grand-chose de plus, à la fin du film.

Le père Wolfgang est certainement originaire d’un pays au nord, la Belgique ou l’Allemagne et Angelica, la mère italienne, s’exprime parfois en français.

Leur présence à la campagne correspond-elle à un choix politique, au manque de débouchés dans les villes, à la déception qui a fait suite à des périodes de revendications violentes dont il n’est rien ressorti ?

Pourquoi ce couple a-t-il décidé de vivre en autarcie ; d’où vient qu’ils sont devenus apiculteurs ? Qui est Coco, cette amie de la famille qui se comporte comme une seconde mère et aide les uns et les autres dans leurs travaux ? Une parente, quelqu’un qu’ils auraient recueilli.

La réponse à propos de leur choix de vie se devine petit à petit, au fil du récit. Le père mais aussi sans doute la mère, veulent protéger leurs filles de tout ce que véhicule une existence citadine, le délabrement des valeurs, la corruption, toutes les dérives dont seule la campagne peut sauver.

Une autre priorité est de rester soudés les uns aux autres. Ce qui est apparemment acquis grâce aux ruches qui sont devenues tout autant indispensables au père qu’elles le sont à l’adolescente et ses sœurs.

Mais comment reconduire les convictions sincères du père, transmettre sa philosophie auprès de ses filles quand celles-ci, et principalement Gelsomina qui bénéficie de sa préférence, aspirent à une vie qui ressemblerait à celles de leurs amies.

L’arrivée de Martin, le jeune délinquant recueilli et le tournage de l’émission de télévision vont accélérer le désir de Gelsomina de s’ouvrir à l’autre monde.

Les merveilles du titre du film sont-elles un simple jeu d’ombres et de lumières, sont-elles liées à des secrets, à l’apparition d’animaux incongrus dans le paysage ? La merveille essentielle n’est-elle pas l’apparition dans la vie des fillettes de Milly Catena, la présentatrice du concours télévisé qui promet de redonner vie au passé et dont la beauté les fascine.

"Les merveilles " qui a obtenu le Grand prix très contesté au dernier Festival de Cannes est un film dont le tracé narratif déroute et parfois dérange, un film qui met bout à bout des séquences magnifiques, exigeantes et d’autres qui n’échappent pas à une certaine facilité.

Le casting est très convaincant. Maria Alexandre Lungu qui joue Gelsomina, dont c’est la première apparition au cinéma, est magnifique.

Francis Dubois

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