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Un film de Ladj Ly (France)

« Les misérables » Sortie en salles le 20 novembre 2019.

Stéphane, tout juste arrivé de Cherbourg, prend ses fonctions au sein de la brigade anti-criminalité de Montfermeil, dans le 93, un secteur réputé sensible de la banlieue parisienne. Il rencontre ses deux futurs coéquipiers, Chris un forte tête un peu raciste, un peu misogyne et Gwada originaire de la banlieue, deux « bacqueurs » rompus aux missions difficiles, à l’autorité et aux compromissions.
Stéphane va découvrir les différents groupes qui constituent la population du quartier, les mafieux et trafiquants, les « barbus » recruteurs, les gitans, les autorités parallèles qui appliquent leur propre législation mais aussi les jeunes garçons, les « microbes » parfois redoutables guerriers adeptes du non droit ou encore les lycéennes qui revendiquent leur féminité et sont prêtes à en découdre.

Cinéma : Les misérables

Un jeune garçon solitaire et vaguement voyeur, filme avec un drone, depuis les terrasses des immeubles, le monde en contre-bas. C’est ainsi qu’il se trouvera en possession du film d’une scène de violence entre les trois « bacqueurs » et un groupe de gamins particulièrement agressifs, qui se soldera avec le tir d’un flash ball par une bavure policière qui laissera un adolescent défiguré.

Lorsqu’il a eu dix sept ans, au moment du début du numérique, Ladj Ly a fait l’acquisition d’une caméra qui ne l’a plus quitté et avec laquelle, il s’est mis à tout filmer et surtout son quartier à Montfermeil et...les tournages de films.

C’est là qu’il a tout appris sur le tas et que son objectif va être de réaliser des films sans l’aide de personne. C’est ainsi que tournés dans cet esprit, des web documentaires ont été réalisés et remarqués «  365 jours à Clichy Monferme il » et » 365 jours au Mali ». le premier tourné en 2006, pendant les émeutes a intéressé des journalistes parce que c’était un point de vue de l’intérieur mais Ladj Ly n’a pas cédé aux propositions. Le deuxième film «  365 jours au Mal i » a été tourné sur les mêmes principes et pour porter un regard objectif sur son pays d’origine et démentir les idées reçues selon lesquelles le Mali était devenu l’endroit le plus dangereux au monde avec Al Quaida, Daech.

Puis sont venus «  Go Fast Connection  » et surtout «  A voix haute  » coréalisé avec Stephane de Freitas, très remarqué à sa sortie en salles.

«  Les misérables » est le premier long métrage de fiction de Ladj Ly, produit dans le système classique. Il y raconte sa vie, ses expériences, celles de ses proches et tout ce qui est dans le film basé sur des choses vécues : la liesse de la coupe du monde qui ouvre le film, l’arrivée du nouveau flic de la BAC dans le quartier, le drone, l’histoire du vol du lionceau qui déclenche la colère des gitans propriétaires du cirque.

La force du film de Ladj Ly est d’éviter tout manichéisme, de porter un regard sans préjugés sur les différents protagonistes de façon à refléter une réalité complexe, l’existence de bons et de méchants

des deux côtés. Le « maire » qui a le rôle du « sage » dans le quartier est en même temps crapuleux et les flics sont tour à tour sympathiques, humains, haineux.
Le quartier y est décrit comme une poudrière où, en dépit des cloisonnements, on essaie de vivre ensemble au prix de petits arrangements quotidiens, d’entorses à sa ligne de conduite, de trafics.

Au milieu de cet imbroglio relationnel entre les différentes parties en présence, «  Les misérables » porte un regard humaniste et politique qui ne juge pas les individus mais dénonce implicitement un système perverti où tout le monde finit par être victime, les habitants comme les flics.

Et en filigrane, le film dénonce le fait que, depuis des décennies, les différentes politiques au pouvoir ont laissé pourrir la situation, se développer et fermer les yeux sur une économie parallèle sans laquelle les banlieues seraient depuis longtemps mises à feu et à sang.

« Les misérables  » est un regard de l’intérieur, celui d’un observateur qui continue à vivre dans les quartiers et qui connaît sur le bout des doigts le fonctionnement dans son intimité, de mondes opposés qui s’arrangent pour vivre ensemble.

Francis Dubois

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