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Un film de Shahram Alidi (Irak)

"Les murmures du vent" Sortie en salles le 31 mars 2010

En ouverture du film, un carton rappelle que 182 000 kurdes ont été massacrés sous Saddam Hussein en 1988. C’est la seule indication frontale qui est donnée à l’image sur le conflit Irak-Iran.
Mam Baldar est un postier qui se déplace de village en village dans les montagnes du Kurdistan Irakien. Il n’est pas un simple postier puisque la mission qu’ils s’est donnée est de transmettre aux uns et aux autres, des messages sous forme de paroles enregistrées sur des cassettes.
Un jour, au cours d’une de ses tournées, un commandant des partisans lui demande de se rendre dans son village auprès de sa femme qui est sur le point d’accoucher et d’enregistrer pour lui, les premiers cris du bébé. Mais lorsqu’il arrive sur place il apprend que, pour assurer leur sécurité, les enfants et la femme du commandant ont été conduits dans une vallée éloignée.
Tenant à assurer à tout prix sa mission, il se met en route pour les y rejoindre…

Photo Javad Jalali © LES ACACIAS

La force du film de Shahram Alidi est dans le personnage de Mam Baldar et dans les impressionnants paysages montagneux qu’il traverse à bord de son véhicule archaïque. Mam Baldar est une parenthèse de liberté dans un contexte guerrier meurtrier, une sorte d’îlot humain, d’individu à part, que sa mission de transmettre des messages des uns aux autres, ici et là, semble protéger des dangers auxquels sont exposés les autochtones.
Personnage chargé d’une constante poésie, il possède une espèce d’ampleur généreuse qui rejaillit sur tout le film, une ampleur qui, toutes proportions gardées, rejoint celle des paysages arides et vertigineux. Mam Baldar au volant de sa voiture conserve une sérénité que des événements vont cependant bafouer. La découverte d’un cimetière en plein désert gardé par des voix de femmes, le décor dressé d’une noce mis à bas, la présence à fleur de terre de cadavres qui indiquent la sauvagerie de la guerre, le spectacle de sa propre maison détruite. Mais jamais une scène de violence frontale n’apparaît à l’écran Et ce sont ces ellipses qui donnent au récit sa force révélatrice. La charge des missions dont Mam Baldar est chargé revient à une sorte d’élan invincible et il y a chez lui, au final, quelque chose d’héroïque.
Des images récurrentes ponctuent le film, à la fois poétiques et révélatrices d’une cruauté aveugle, comme celle de la plume d’oiseau retenue par le barbelé, la statue du cheval ailé sur le capot de la voiture ou ce curieux arbre aux radios, arbre aux branches duquel pendent au bout d’une corde comme des pendus, les radios confisquées afin de rendre impossible aux populations l’écoute des informations utiles.
"Les murmures du vent" est un film tout entier imprégné de l’innocence et de la force de détermination de son personnage. C’est une des rares œuvres réalisée par un pays où mettre sur pied un projet cinématographique relève du miracle.
A voir absolument.
Francis Dubois

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