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Un film de Robert Guédiguian (France)

"Les neiges du Kilimandjaro" Sortie en salles le 16 novembre 2011

Robert Guédiguian renoue ici avec l’Estaque de ses origines et pose un regard amical et généreux sur les petites gens, les "pauvres gens" puisque, pour écrire son scénario, il s’est librement inspiré du poème de Victor Hugo.

Michel vient d’être licencié et mis en préretraite. La brutale inactivité, après trente années de labeur, ne l’empêche pas d’être heureux avec la courageuse et toujours positive Marie-Claire, sa femme. Leurs enfants et petits-enfants apportent à tous deux beaucoup de bonheur et ils sont entourés d’amis avec lesquels ils ont, sans relâche, conduit des combats syndicaux et politiques.

Michel et Marie-Claire ont le cœur sur la main. Ce sont des gens crédules, à la vision un peu angélique des choses, confiants dans l’avenir et dans leur prochain.

Un jour, alors qu’ils jouent aux cartes avec Raoul et Denise, leurs amis proches, ils sont agressés chez eux par deux hommes masqués qui leur volent les billets du voyage en Afrique que leur avaient offerts leurs collègues pour leur trente ans de mariage, l’argent du séjour et leurs cartes bleues.

Passé le choc de l’agression, ils s’interrogent sur les raisons qui ont poussé ces hommes à tant de violence et à les délester de leur argent.

"Les neiges du Kilimandjaro" est de la même inspiration et de la même tonalité que "A la vie, à la mort" ou "Marius et Jeannette" . La famille et les amis, tous plus ou moins logés à la même enseigne, y débordent de générosité et d’affection même si la jeune génération qui n’a pas connu la grande époque de la solidarité ouvrière, fait preuve de plus de recul et de lucidité.

Dans sa première partie qui va jusqu’à l’agression, le film est une chronique sensible et juste sur le chômage et ses conséquences, sur les aspirations modestes de cette catégorie sociale qui s’est toujours contentée de peu, mais qui est parvenue à accéder à la propriété, à l’acquisition d’un véhicule et dans une certaine mesure, à un certain bien vivre.

La seconde partie, tout en voulant rester dans le réalisme, s’en écarte par touches parfois maladroites. La générosité débordante de Marie-Claire aurait gagné à être plus contenue, plus nuancée et les questionnements de Michel moins franchement évoqués. L’intervention dans le scénario du poème de Victor Hugo, l’accueil chez Michel et Marie-Claire des deux petits frères d’un des malfaiteurs, ouvrier dans la même entreprise que Michel et qui a volé par nécessité, fait sombrer le récit dans le mélo, dans une phase sirupeuse qui finit par avoir raison du reste.

A la lumière de cette phase insistante à arracher les larmes, le propos social de la première partie prend du plomb dans l’aile.

Le jeu d’Ariane Ascaride qui jusque-là était plutôt convaincant, sombre dans la facilité et dans la palette de sourires implorants qu’on lui a déjà vus.

Jean-Pierre Darroussin s’en tire beaucoup mieux, comme les interprètes de certains seconds rôles, Anaïs Demoustier, Robinson Stevenin par exemple, qui semblent avoir anticipé les tendances au mélodrame de l’incorrigible Guédiguian.

Cependant, le film comporte ici et là quelques moments réussis comme la scène savoureuse et soudain d’une belle sensibilité, entre Marie-Claire et le serveur du café. Il se laisse voir.

Et puis l’Estaque est belle et bien photographiée.

Francis Dubois

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