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Un film de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat (France)

"Les nouveaux chiens de garde" Sortie en salles le 11 janvier 2012

En 1932, Paul Nizan dénonçait dans son ouvrage « Les chiens de garde » la position contestable de philosophes et d’écrivains de son temps qui, bien que se piquant de neutralité intellectuelle, se posaient dans les faits, en gardiens de l’ordre établi.

Aujourd’hui, les médias qui proclament haut et fort leur indépendance, appartiennent, pour la majorité d’entre eux, journaux, radios et chaînes de télévision, à des groupes industriels et financiers liés au pouvoir en place.

Et c’est au sein de ce domaine idéologique réduit, que se fabriquent les informations pré -mâchées, se décident les gros titres et les informations prioritaires et que se trouve reléguée au second plan ou totalement sacrifiée, l’actualité gênante.

Aujourd’hui, les chiens de garde du pouvoir sont les journalistes, les éditorialistes et les experts médiatiques qui sont devenus, en se mettant au service d’un pouvoir qui leur en est largement reconnaissant, évangélistes du marché et gardiens de l’ordre social.

Dans « La République de la mal bouffe »  qui ne se contente pas de dénoncer la lente dégradation, voire la disparition de notre gastronomie mais s’attaque, dans le domaine de la restauration, aux effets d’annonce d’un pouvoir menteur et pervers, on interroge Nicolas Sarkozy à propos des retours inexistants de la baisse de la TVA dans la restauration. Et celui-ci de repousser la critique en disant : « Avez-vous lu un seul article dans la presse qui confirmerait ce que vous avancez ? »

Et pour cause…

Depuis 1997, date de la dernière mise à jour des «  Nouveaux chiens de garde » de Serge Halimi, le poids des prescripteurs d’opinion n’a pas diminué et au filtrage de l’information, est venue s’ajouter une crise de la presse qui se traduit par une diminution des personnels, une fragilisation du secteur et la nomination à la tête des médias de nouveaux directeurs dont l’habile dosage pourrait être interprété comme un parti pris d’indépendance.

Or, le phénomène médiatique n’a jamais été lié d’aussi près à la politique en général et aux modèles de société dans lesquels on baigne.

On ne changera les médias qu’en changeant la société mais pour changer la société, il faudrait se libérer des médias.

Parmi les journalistes ou experts les plus médiatiques qui sévissaient il y a quinze ans, quelques uns ont disparu du paysage, et si les partants ont été remplacés par leurs équivalents, beaucoup sévissent toujours. Car non seulement Giesbert, Durand, Ockrent ou Attali existent toujours, mais leur champ d’action s’est étendu avec les nouvelles chaînes de la TNT.

Le film de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat est un film de combat, conçu pour éveiller les consciences et fournir au spectateur des arguments dont il pourra se saisir pour mener les luttes qui l’occupent, intéresser un public à peine sensibilisé à la question des médias et qui pourrait se considérer comme suffisamment renseigné sur le sujet.

Les cinéastes ont choisi une forme légère, qui permet de convaincre et d’amuser. Le montage du film qui a nécessité neuf mois de travail est réjouissant quand il traque, entre autres, un personnage comme celui de Michel Field que l’on voit passer du trotskisme à l’UMP, qui poursuit son travail de journaliste tout en faisant des « ménages » pour « Géant Casino » ou en animant, en pleine campagne référendaire sur le Traité constitutionnel européen, un meeting en faveur du « oui » et d’y faire applaudir son employeur Arnaud Lagardère, patron d’Europe 1.

«  Les nouveaux chiens de garde » est du cinéma d’intérêt public.

Francis Dubois

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