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Un film de Cristina Gallego et Ciro Guerra (Colombie-Mexique-Danemark-France)

« Les oiseaux de passage » Sortie en salles le 10 avril 2019.

Dans les années 70, en Colombie, une famille d’indigènes Wayuu se lance dans un fructueux trafic de marijuana répondant à la forte demande de la jeunesse américaine. Mais quand l’honneur des familles doit céder le pas à l’âpreté au gain, la guerre des clans devient inévitable et souvent féroce.

Les uns et les autres mettent en péril leurs vies, leur culture et leurs traditions ancestrales pour répondre à la demande primordiale des clients. C’est ainsi que verront le jour les cartels de la drogue.
Sans renoncer aux sources d’inspiration de leurs films précédents, Cristina Gallego et Ciro Guerra amorcent cette fois avec «  Les oiseaux de passage » un virage vers le cinéma de genre, le film noir, le « film de gangsters ».

Mais on pourrait tout aussi bien dire que les deux cinéastes avec leur film, ont également lorgné du côté du western, de la tragédie grecque ou du conte, façon Gabriel Garcia Marquez.

Mais c’est peut-être pour couper court à l’énumération de ces références que Ciro Guerra affirme que ce qu’ils on fait en réalisant un film n’est jamais autre chose que ce que faisaient les civilisations premières il y a trente mille ans : se servir d’ombres et de lumières pour raconter une histoire.

Cinéma : Les oiseaux de passage

La culture décrite dans le film, les Wayuu, fonctionne selon des codes qui ne sont pas très éloignés de ceux de la mafia mais les deux cinéastes, souhaitant sortir des limites d’un cinéma trop replié sur lui-même, ont ici voulu élargir les frontières sclérosantes de la création.

C’est en interrogeant entre 2006 et 2007, au cours d’ un séjour sur le côte du nord de la Colombie, des individus appartenant aux populations locales et en mesurant l’intérêt des récits recueillis que le couple de cinéastes s’est interrogé sur le fait que personne jusque là n’avait eu l’idée de raconter cet épisode de la naissance des cartels de la drogue.

Ils ont associé leur projet au fait que dans l’art colombien, il y a souvent eu glorification de la violence, une fascination pour le pouvoir et pour les aspects les plus brutaux des conflits opposant des bandes rivales.

«  Les oiseaux de passage » est une métaphore de l’histoire de la Colombie traitée comme une tragédie familiale qui devient une tragédie nationale qui, en renvoyant au passé, permet de mieux comprendre le pays aujourd’hui.

Le contexte politique actuel, avec la mise en œuvre du processus de paix entre le gouvernement et les FARC offrait une opportunité pour raconter ce type d’histoire et permettre à la bonanza Marimbera de faire la lumière sur cette période inconnue des jeunes générations, et de créer un outil permettant de reconstituer un pan de l’histoire du pays.

Dans «  Les oiseaux de passage  », il est à noter que les personnages féminins occupent une place importante alors que, généralement et notamment dans le cinéma noir hollywoodien, les femmes sont cantonnées aux secondes rôles.

Constat d’autant plus surprenant que l’ethnie Wayuu qui est une culture particulièrement vivante s’est très peu frottée au reste du pays et à la culture occidentale.

Une œuvre forte. Un récit percutant.

Francis Dubois

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