Actualité théâtrale

A la Maisons de la Poésie de Paris du 2 au 20 mai 2012

"Les onze mille verges" Partenaire Réduc’snes

En 1907, Guillaume Apollinaire, alors jeune employé de banque, vient de vivre une rupture amoureuse difficile avec l’anglaise Annie Playden qui lui inspire "La chanson du mal aimé".

La souffrance qu’il ressent à la suite de cette déconvenue ou l’appât du gain suffisent-ils à expliquer l’écriture de ces "Onze mille verges", un ouvrage publié peu après chez un éditeur spécialisé dans les ouvrages clandestins de Montrouge, signé de ses simples initiales.

Ce livre encore interdit dans de nombreux pays est publié pour la première fois en France en 1970 par Régine Desforges.

La Maison de la Poésie de Paris, fidèle au tracé de sa programmation, propose dans une adaptation et mise en scène de Godefroy Ségal, "Les onze mille verges" dans un cadre réduit à des dimensions confidentielles, comme un spectacle qu’on croirait regarder à travers le trou d’une serrure.

Osé au-delà des limites théâtrales, cru, sans détours, ne mâchant pas ses mots, appelant un chat un chat, on pourrait trouver ce spectacle malsain et dérangeant s’il n’était proposé dans une mise en scène en clin d’œil et joué dans une tonalité farcesque par quatre comédiennes qui, par leur bonne humeur, leur plaisir évident de jouer, font passer à la trappe du rire, mais sans nier la part de poésie, une suite de scènes de sexe, scatologie, d’arrachage et d’éparpillement de viscères.

D’entrée, avec leurs poses lascives et provocatrices, dans un enclos de plastique transparent au milieu duquel trône un lit aux allures de ring, le ton est donné.

Vêtues de tenues transparentes qui ne cachent ni seins ni fesses, la tête recouverte de perruques dignes d’accessoires de revue de cabaret, elles se lancent sans retenue dans toutes sortes d’exhibitions pornographiques pour satisfaire Mony Vibescu, un insatiable prince Roumain qui, de Bucarest à Paris, de salons coquins aux banquettes de l’Orient Express, joue savamment de son "énorme concombre".

D’éjaculations spectaculaires en jets d’urine, en passant par des projections d’entrailles, rien ne manque pas plus que des déjections en abondance. Mais bien sûr tout ça sent le lait crémeux ou le chocolat et les corps des quatre filles, dans la tourmente pornographique et scatologique ne perdent rien de leur grâce et de leur humour.

Et quand les quatre comédiennes viennent saluer, le visage et le corps encore maculés d’aspersions diverses, on applaudit mais on a surtout envie de les remercier pour avoir réussi le tour de force de rendre ce spectacle –interdit au moins de 18 ans- non seulement visible mais aussi tellement jubilatoire.

Francis Dubois

Maison de la Poésie de Paris Passage Molière 157, rue Saint-Martin 75 003 Paris

www.maisondelapoesieparis.com

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 44 54 53 00

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