Actualité théâtrale

Au Théâtre "Les Déchargeurs" - Partenaire Réduc’Snes - jusqu’au 2 mars 2013

"Les pâtissières" de Jean-Marie Piemme Mise en scène Nabil El Azan

Elles sont trois. Trois sœurs. Elles ont passé la cinquantaine, mais sont restées élégantes, pimpantes, avenantes comme l’exigeaient le standing et la qualité de l’accueil quand elles tenaient la pâtisserie "Charlemagne" dans le centre-ville.

Elles ont tenu la boutique du temps de leur père. A sa mort, elles ont repris le flambeau.

Mais lorsqu’est survenue, sur le marché du gâteau, la pâtisserie industrielle, la petite entreprise qui pourtant fonctionnait sur la qualité, le soin de la présentation, s’est mise a péricliter.

Un promoteur était à l’affût et mises au pied du mur, les trois sœurs ont dû vendre le fonds de commerce, le matériel et la maison familiale attenante.

Elles ont fini par se retrouver dans une maison de retraite et semblent s’accommoder de leur sort. Leur vitalité est intacte, leur bonne humeur, même si on ne sait pas ce qu’il est advenu, tout de suite après la vente du magasin, du promoteur immobilier.

La première qualité de ces " Pâtissières" c’est le texte de Jean-Marie Piemme dont la structure échappe à la chronologie des événements et le ton entre la comédie, le drame en demi-teinte, la nostalgie sans excès et l’histoire policière.

Le récit jongle avec le temps, avec les époques et avec les différents genres pour le plus grand bonheur du spectateur qui s’y perd, mais s’y retrouve toujours et subit le charme d’une interprétation de haut niveau, solide et malicieuse, parfois farceuse, toujours jubilatoire.

On abandonne le sujet de la faillite de la pâtisserie traditionnelle au profit de la pâtisserie industrielle dont il a été question sans amertume ni rancœur, pour se retrouver dans le bureau du commissaire où les trois sœurs, plus malicieuses que jamais, sont interrogées à propos de la mystérieuse disparition de l’acheteur du magasin.

On quitte le commissariat pour les laisser à tour de rôle, parler d’elles-mêmes.

Certes, la pâtisserie était leur fierté et elles ont repris avec bonne humeur le flambeau du père et les techniques pâtissières de la vieille école.

Mais on apprend de la bouche de l’aînée que son regret est de ne pas avoir pu être mère malgré l’abondance des "têtards" qu’elle a connue au cours de sa vie amoureuse.

De la benjamine qu’elle aurait voulu devenir chanteuse lyrique.

Mais c’est sans nostalgie, jamais, sans véritable regret. Sur le plateau, tout se passe dans un mouvement de tourbillon revigorant.

Dans un décor minimaliste constitué de sortes de caisses gigognes et d’un panneau de bois blond, évoluent trois comédiennes radieuses, inventives et de toute évidence, heureuses de se retrouver sur le minuscule plateau du Théâtre des Déchargeurs.

Christine Murillo est truculente, malicieuse, espiègle et chaque réplique venant d’elle est un régal. Christine Guerdon et Chantal Deruaz ne sont pas en reste et leurs trois partitions se complètent merveilleusement.

Il ne faut manquer sous aucun prétexte ce moment de pur bonheur théâtral dont la réussite tient au tissage de cinq talents : l’auteur, le metteur en scène et les trois interprètes.

Francis Dubois

Les Déchargeurs, 3 rue des Déchargeurs 75001 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 42 36 00 50

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