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Les personnels administratifs et la crise Complément à l’US N° 796 du 28 mars 2020

« Il y a de vraies solidarités qui se tissent. »

3 questions à :
Bruno Leveder, secrétaire général du SNASUB-FSU

L’U.S. : Quelles sont les obligations des personnels administratifs dans une situation comme celle que nous vivons ?
Bruno Leveder : Leurs obligations comme leurs droits restent ceux définis par le statut, ni plus ni moins et sont donc dictées par le principe de continuité du service public que les plans de continuité de l’activité doivent en principe prévoir. La difficulté est que ceux-ci n’ont été que très rarement mis à jour, et jamais vraiment coordonnés.
Dans les services académiques, les collègues doivent par exemple assurer les paies des personnels, organiser les missions de coordination et d’information (interne et externe) liées à la situation, continuer de répondre aux usagers, avancer tout ce qui peut l’être, notamment la préparation de rentrée, l’organisation de la fin de l’année (examens…). Même si bien des questions restent encore sans réponse.
Dans les EPLE, les gestionnaires et d’autres collègues sont mobilisé-es pour que soient assurées les fonctions afférentes à la sécurité des locaux, s’assurer de l’organisation et la préparation des locaux pour l’accueil des enfants de soignants, ou même celles soutenant la « continuité pédagogique » dont les enseignant-es ont la charge, mais aussi réaliser les paiements des bourses ou des salaires, etc.

L’U.S. : Concrètement, sont-ils présents dans les établissements ? Si oui, sont-ils volontaires ou subissent-ils des pressions ?
B.L. : Oui ! Pas tous, et pas tous en même temps, mais oui évidemment il y a des personnels administratifs présents dans les établissements. Les gestionnaires sont par exemple très mobilisé-es de par leurs fonctions, au centre de la continuité du service public dans les EPLE. Et d’autres collègues sont aussi amené-es à être mobilisé-es selon les besoins, les situations ou même les missions (temporaires ou permanentes) confiées à l’établissement. Les nécessités de présence physique ne sont pas les mêmes si l’EPLE est siège d’une agence comptable, s’il supporte un Greta, s’il assure des mutualisations de paie (AESH, AED, etc.), s’il doit assurer le paiement des bourses… De ce point de vue, les collèges et les lycées n’ont pas les mêmes problématiques de continuité de service. Par ailleurs, les établissements ne sont pas en situation de tous faire face de la même manière à la crise sanitaire : tous n’accueillent pas des enfants de soignant-es, ou pas dans les mêmes ordres d’effectifs ; tous n’ont pas les mêmes problématiques sociales en fonction de leurs publics quant à la « continuité pédagogique ». Les tâches administratives en support de ces missions conjoncturelles sont donc très variables.
Selon leurs fonctions, des personnels sont présents par obligation de service. D’autres sont volontaires en fonction des besoins, y compris ceux liés au remplacement de collègues en ASA pour motif de fragilité de santé ou de garde d’enfants. Il y a de vraies solidarités qui se tissent. Toutefois, nous avons pu çà et là constater des pressions, surtout la première semaine, sur les personnels. Cela tenait parfois simplement à la désorganisation liée à l’impréparation à laquelle l’expression du ministre – confinant parfois au déni – a conduit quand la fermeture au public a été annoncée par le Président de la République. Cela a aussi, parfois et de manière minoritaire, pu procéder du fait qu’il n’est pas évident pour certains personnels d’encadrement d’envisager sa journée de travail sans secrétariat… Il y a eu différents cas de figure qui ont nécessité l’intervention syndicale.

L’U.S. : Comment s’effectuent les tâches administratives à distance ? Le télétravail est-il pertinent, a-t-il des limites ?
B.L. : Bonne question ! À laquelle il n’y a pas de réponse uniforme possible tant les tâches sont variées et conçues comme devant s’exercer dans des organisations différentes, avec des moyens différents ! Disons que les services, les personnels font comme ils peuvent pour recourir le plus possible au télétravail dans la situation. Mais globalement, l’organisation de l’administration de l’éducation nationale, particulièrement aux niveaux déconcentrés, n’est pas vraiment adaptée au recours à cette modalité de travail, et encore moins de manière massive et brutale. Les missions et les tâches ne s’y prêtent qu’assez peu car elles demandent souvent du collectif pour être réalisées, voire ne peuvent avoir du sens qu’au contact du public. En outre, les outils nécessaires au télétravail ne sont mis à disposition des personnels que de manière très limitée : il n’y a pas assez de ressources matérielles informatiques, de téléphonie pour assurer de bonnes conditions de télétravail à la majorité des personnels. Il a été demandé par exemple à des collègues de basculer leur ligne de téléphone professionnelle sur leurs numéros personnels, ou d’utiliser leur matériel informatique privé pour répondre aux courriels, voire davantage.
Et les infrastructures réseau ne sont pas prévues pour cela. Et il faudra aussi faire le bilan des problèmes de sécurité des applications professionnelles et de leurs données qu’aura provoqué leur accès massif depuis des postes de télétravail.
Ordinairement, le télétravail peut, pour certaines fonctions et dans certaines situations de travail avoir une pertinence, mais dans une proportion limitée et raisonnable. Le caractère extraordinaire de la situation fait que l’on fait comme on peut… Oui, le télétravail à beaucoup de limites, surtout dans un service public aussi réparti que le nôtre sur le territoire et qui demande une proximité et un contact avec le public.

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