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"Les plages d’Agnès" Un film d’Agnès Varda - sortie en salles le 17 décembre

Le producteur Georges de Beauregard demanda à Jean-Luc Godard qui venait de remporter un beau succès avec "A bout de souffle" s’il n’avait pas dans ses connaissances un cinéaste qui pourrait réaliser un petit film pas cher. Godard proposa Jacques Demy et ce fut « Lola ».
Beauregard demanda alors à Demy s’il connaissait quelqu’un qui pourrait réaliser un petit film pas cher en noir et blanc. Il lui conseilla Agnès Varda qui tourna "Cléo de 5 à 7" un film qui allait ouvrir sur cinquante années d’une carrière exigeante.
Agnès Varda apparaissait à peine dans "Les glaneurs et la glaneuse". Cette fois-ci elle est presque toujours à l’image. Rien de plus normal, "Les plages d’Agnès" est un auto portrait de cette cinéaste singulière et passionnée. C’est aussi un hommage rendu à ceux qui l’ont accompagnée au long de sa vie et l’occasion de poser sur les souvenirs, sur les choses et sur elle-même son regard tendre ou malicieux.
Le film s’ouvre sur l’installation d’une multitude de miroirs de toutes sortes, le long d’une plage du nord dans lesquels se reflètent la mer, d’autres visages et le sien, donnant autant de points de vue.
" Si on ouvrait les gens, on trouverait des paysages. Moi, si on m’ouvrait on trouverait des plages" dit-elle et la voilà qui nous embarque sur les plages qui ont marqué sa vie, celles de la mer du Nord de son enfance, celles de Sète et celles de Noirmoutier pour lesquelles elle semble marquer une préférence. Peut-être s’y retrouva t’elle souvent avec Jacques Demy. Mais aussi les rives de la Seine, Los Angeles et la plage inventée de la rue Daguerre.
Si dans son film, Agnès Varda évoque les étapes marquantes de sa vie, elle se souvient aussi des périodes de creux, des déceptions et des ratages. Mais chez elle, pas d’épanchement, pas de nostalgie. Le souvenir est vigoureux, il est intimement lié au présent de sorte que passé et présent se confondent, habités l’un et l’autre par une même formidable vitalité.
A chacune des plages dont elle parle sont attachés des souvenirs qu’elle évoque dans un désordre construit, sans intériorité, avec pudeur et une malice qui tient souvent lieu d’émotion. Les plages du nord sont celles de son enfance. On y revient avec des photographies, des témoignages et avec ce voyage qu’elle fit récemment dans le Nord. La maison, la jardinet, le quartier tout était bien là mais l’émotion n’était pas au rendez-vous. Les plages de Sète sont l’occasion de croiser la famille Vilar et le souvenir persistant et admiratif de Jean qui lui demanda un jour d’être sa photographe à Avignon.
Un passage par une exposition récente nous rappelle que les photos qu’elle fit alors de Gérard Philipe, de Maria Casares de Philippe Noiret ou de Charles Denner sont passés à la postérité. Sète est aussi lié au souvenir de son tout premier film dont le titre est le nom d’un quartier qui lui fut très familier, "La pointe courte". Elle commente, explique, pudique, naïve, espiègle, malicieuse…
Paris la rue Daguerre, c’est la maison qu’elle acheta en ruines, lieu de travail et base de vie, c’est Rosalie, la fille qu’elle eut avec Antoine Bourseillier que Jacques Demy adopta et qui s’appelle Varda, c’est Mathieu devenu acteur, ce sont ses chats, c’est "Daguerreotypes " qu’elle tourna avec les commerçants du quartier en tirant un câble électrique de quatre vingt mètres le long de la rue. C’est elle travaillant dans une aile de la maison et lui, Jacques Demy dans l’autre.
Les souvenirs foisonnent, submergent. Elle semble sauter du coq à l’âne, d’un souvenir à l’autre, du passé au présent, de l’émotion à la drôlerie, du sérieux à l’espièglerie.
" Les plages d’Agnès " pourraient être au départ le tas que constituent les pièces mélangées d’un puzzle et à l’arrivée le paysage complet, parfaitement reconstitué. La petite bonne femme un peu boulotte comme elle se décrit elle-même, entre fiction et réalité, avec modestie et un immense talent de conteuse, ne nous a pas donné seulement un portrait d’elle mais le tracé d’une vie dédiée au cinéma.
C’est beau, c’est drôle, c’est émouvant. Au bout de la projection, il reste plein d’images, des paysages, des visages et l’impression d’avoir passé un moment avec une amie de longue date…
Francis Dubois

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