Actualité théâtrale

au Théâtre Nanterre-Amandiers, jusqu’au 27 avril

« Les revenants »

Parallèlement à Solness le constructeur joué en ce moment au théâtre de La Colline, voici à Nanterre Les revenants.
Dans cette pièce on retrouve des thèmes qui hantent le théâtre d’Ibsen : l’adultère, l’inceste, le désir refoulé, les secrets familiaux, la soumission au devoir dans une société dominée par le puritanisme, le mensonge, la culpabilité, le sacrifice de l’individu prisonnier des conventions et des normes imposées par l’Église et la société.
Dans cette pièce, Ibsen s’interroge aussi sur la question de l’hérédité : les vices du père se transmettent-ils au fils en dépit des efforts de la mère qui tente de l’en préserver. Dans la formation de l’individu quelle place occupe les tares familiales, sommes-nous sous l’influence de ces revenants ? C’est une société dégénérée que nous présente Ibsen, minée par toutes les turpitudes, mais surtout par le manque d’amour et la soumission à l’ordre puritain.

Thomas Ostermeier, directeur artistique de la Schaubühne de Berlin et reconnu comme un des très grands metteurs en scène sur le plan mondial, a beaucoup travaillé sur les œuvres d’Ibsen, qu’il a présentées un peu partout dans le monde. Il ne pouvait que s’intéresser à cette pièce puisqu’il se dit, de par son histoire familiale, préoccupé par la question « de savoir combien notre comportement est déterminé par nos gènes et combien il peut être contrôlé ou domestiqué afin de devenir un être meilleur ».

Dès le début de la pièce, il choisit de nous faire entrer dans l’intime des personnages, avec une caméra qui explore les visages et les objets.
Ce qui l’intéresse, ce sont les rapports entre les personnages et sa direction d’acteurs est généralement louée. Ici l’hypocrisie des rapports sociaux est bien soulignée dans le jeu du pasteur (excellent François Loriquet) incapable d’assumer son désir face à la mère, un peu trop proche de Régine, la petite bonne, dont il découvre qu’elle a bien grandi ! Les corps s’approchent, puis se reculent brusquement comme brûlés. Il incarne avec finesse ce pasteur qui veut que « règne l’ordre et la loi » au prix d’un certain cynisme, d’un refus de toute conduite qui s’écarte un tant soit peu de la norme, qui tend à ridiculiser les velléités artistiques du fils et qui refuse d’entendre la mère lorsque celle-ci évoque la « pourriture morale » de son mari.
Mélodie Richard campe avec force une Régine dont le personnage évolue rapidement vers la révolte contre une société, qui bride définitivement son désir et ses espoirs et qui finit broyée. On peut toutefois regretter un excès de pathos dans la fin de la pièce. Il est vrai que la pièce s’avère là très lourde, dépeignant une mère, qui devant la douleur de son fils adoré dont le cerveau est peu à peu détruit par la syphilis héritée de son père, se sent brusquement rongée par la culpabilité et accepte de lui donner la mort en lui injectant de la morphine. Si Eric Caravaca est convainquant en artiste détruit par les turpitudes paternelles, Valérie Dréville a plus de difficulté à insuffler vie à son personnage qui s’avère assez daté.
Le plateau tournant et surtout l’utilisation d’images vidéo noires et grises d’une ronde d’oiseaux et de nuages menaçants contribue à créer une atmosphère lourde et menaçante qui sert bien la pièce.
Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h, le jeudi à 19h30
Théâtre Nanterre-Amandiers
7 avenue Pablo-Picasso, 92022 Nanterre
Réservations (partenariat Réduc’snes tarif réduit aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 46 14 70 00
www.nanterre-amandiers.com

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