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Un film de Simon Leclère (France)

"Les révoltés" Sortie en salles le 15 juillet 2015

Pavel a vingt ans. Il travaille dans l’usine locale où ont travaillé avant lui son père et son grand père. Mais les choses ont bien changé. La crise économique menace les emplois. Les CDD se multiplient et un plan social risque d’exclure les plus fragiles.
culture/cinéma Anja, son amie d’enfance dont il a toujours été amoureux est courtisée par Antoine Martisson, le fils du directeur de l’usine. La jeune fille qui semble aussi attirée par l’un et l’autre des deux garçons, par ses hésitations amoureuses, va provoquer la disparition subite de Pavel un soir de fête au bord de la Loire.
Alors que chacun pense qu’il a péri de désespoir dans le fleuve, Anja découvre que Pavel s’est retiré dans la maison en ruines où ils jouaient enfants.
Profitant de ce qu’on le croit mort, le jeune homme a toute latitude pour pénétrer de nuit dans le bureau du directeur et s’emparer de documents qui annoncent le rachat prochain de l’usine, sa délocalisation et sa fermeture qui laissera sur le flanc tous les employés.

Le réalisateur Simon Leclère est le petit-fils d’un ancien responsable syndical toujours vivant qui observe depuis trente ans la disparition des fabriques locales et dans celles qui subsistent, la dégradation des conditions de travail, le lent délitement de la force syndicale.
C’est la raison première pour laquelle il a voulu, avec "Les révoltés", poser un regard sur cette régression, parler de l’usine, du milieu ouvrier aujourd’hui.
Son objectif était d’aborder le sujet de façon romanesque, sans tomber dans le misérabilisme, avec des personnages caractérisés par leurs affects, leurs contradictions, une fragilité liée aux modifications des données sociales.
L’intention est généreuse mais le film finit par souffrir de traiter trop de registres à la fois : l’histoire d’un conflit social, une histoire d’amour et un polar.
L’histoire d’amour est conventionnelle, celle d’une jeune fille attirée par deux garçons d’origines sociales différentes et qui ne saura pas trancher dans son choix.
La partie "polar" du film est moins convaincante. Elle consiste dans un premier temps à l’enquête que déclenche la disparition subite de Pavel au cours d’une fête au bord de la Loire.
Elle se prolonge par les intrusions nocturnes de Pavel dans le bureau du directeur de l’usine pour y subtiliser des documents qui révèleront les sombres projets de fermeture et de licenciement du personnel.
La partie sociale fait la lumière sur les stratégies de profit à court terme des sociétés, sur la perversion d’un système qui consiste à s’endetter auprès des banques, à licencier une partie du personnel et à revendre quelques années plus tard avec un gros bénéfice…
Elle éclaire également sur les effets pervers que ces stratégies ont à la fois sur un personnel menacé qui se sent impuissant pour lutter et sur la perte de crédibilité et d’efficacité des syndicats qui, de concession en concession, finissent par faire le jeu du patronat.
Mais le scénario avait-il les épaules assez solides pour s’engager dans ce domaine ?

Une photographie soignée qui met en valeur les bords de Loire, une distribution de qualité (avec une mention spéciale pour Paul Bartel (Pavel) et Solène Rigot (Anja), deux comédiens qui ont l’âge de leurs personnages) sont assez attractifs pour compenser les hésitations d’une histoire qui aurait sans doute gagné à cibler plus nettement son motif.

Francis Dubois

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