Actualité théâtrale

A partir du 5 mars à l’Artistic Théâtre

« Les rivaux »

Anne-Marie Lazarini nous offre l’occasion de découvrir l’univers d’un auteur britannique de la fin du XVIIIème siècle, Richard Brinsley Sheridan, fort rarement joué en France. Pour cette pièce, créée en 1775, l’auteur s’inspire de sa propre histoire. Tombé amoureux d’une jeune chanteuse, il finit par l’enlever et par l’épouser en secret en France. Il fallut deux duels avec des rivaux et une blessure par balle pour qu’un an après, il réussisse à obtenir le consentement de sa famille et à épouser officiellement sa belle.

Théâtre : Les rivaux

Dans ce texte que Sheridan écrit à vingt-quatre ans, on trouve l’esprit des comédies de Shakespeare mais on pense aussi à Marivaux, en plus caustique. L’histoire est un peu compliquée - duels, quiproquos, retournements abondent - mais la pièce est pleine d’esprit, de malice et fourmille de réparties qui font mouche. On est à Bath, petite ville d’eau en vogue emplie d’élégantes et où vécut d’ailleurs Sheridan. Se servant probablement de ses observations quand il y vivait, il dresse une galerie de portraits savoureuse. Lydia est une jeune fille qui rêve d’une vie romanesque à l’image de celle des héroïnes des livres qu’elle dévore, fuyant les mariages de convenance et tombant amoureuse d’un jeune militaire sans le sou (Beverley) avec qui elle rêve de s’enfuir. Mais cet amoureux est justement le Capitaine Absolute, l’officier que sa tante a choisi pour elle, mais qui n’a pas révélé sa véritable identité pour être sûr de la séduire. La tante Mrs Malaprop est une sorte de précieuse ridicule, qui se pique d’un langage recherché mais massacre les mots avec allégresse, disant « interférer » pour intercepter, « abjection » pour objection, ce qui rend ses propos, assénés sur un ton sentencieux, du plus haut comique. Il faut sur ce point saluer la traduction de Sylviane Bernard-Gresh qui a su trouver un ton qui respecte la légèreté, la vivacité et le comique de la pièce. Anthony Absolute, le père du jeune Capitaine, est un homme autoritaire et irascible qui exige de l’obéissance et déplore que les filles se livrent à la lecture. Un autre couple, la sage Julia, amie de Lydia, et son amoureux Faukland, d’une jalousie maladive, et deux rivaux, l’impétueux et fanfaron Sir Lucius et le gentleman campagnard timoré Acres, complètent le tableau. Il faut encore y ajouter deux serviteurs en particulier Lucy, la servante de Lydia qui tout en semblant nigaude tire les ficelles en en profitant pour remplir sa bourse.

Pour la scénographie, François Cabanat utilise des rideaux peints coulissants. Ils épousent la vivacité de la pièce puisqu’un seul rideau tiré permet de passer d’un lieu à un autre, du Royal crescent de Bath aux intérieurs des demeures tout en rappelant au spectateur qu’il est bien au théâtre. La mise en scène d’Anne-Marie Lazarini joue du comique de situation pour accompagner celui de la pièce, par exemple une épée apparaît tendue par une main invisible derrière le rideau soulignant le désarroi des protagonistes qui n’ont nulle envie de se battre. Elle a surtout su rassembler une troupe de comédiens qui l’ont accompagnée à différents moments de sa carrière. Parmi les dix, on retient particulièrement Alix Bénézech qui est une Lydia romanesque et capricieuse qui voudrait rester fidèle à ses convictions et Cédric Colas son amoureux, transi devant l’autoritarisme paternel et de plus en plus inquiet par la tournure prise par les événements. Thomas Le Douarec est le père du Capitaine Absolute, sanguin et autoritaire pendant de Mrs Malaprop, la tante de Lydia, à laquelle Catherine Salviat prête tout son talent, réussissant à la rendre émouvante malgré son ridicule.

Une histoire pleine de rebondissements, une pièce drôle où abondent les traits d’esprits, une mise en scène élégante et de bons acteurs, tout est réuni pour une soirée réussie.

Micheline Rousselet

Mardi à 20h, mercredi et jeudi à 19h, vendredi à 20h30, samedi 16h et 20h30, dimanche à 16h

Artistic Théâtre

45 bis Rue Richard Lenoir, 75011 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 43 56 38 32

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Sois un homme »
    Qu’est-ce qu’être une femme ? La question a beaucoup interrogé écrivain.e.s et philosophes depuis déjà un certain temps. Mais s’agissant des hommes, elle apparaît plus originale tant des siècles de... Lire la suite (17 mars)
  • « Illusions perdues »
    Après ses brillantes adaptations d’Homère ( Iliade puis Odyssée ) et de Chanson douce de Leïla Slimani, Pauline Bayle s’est lancé dans l’adaptation du roman de Balzac. C’est au fonctionnement du... Lire la suite (17 mars)
  • « L’éveil du printemps »
    La pièce de Franck Wedekind fit scandale a son époque (1890) et fut interdite de longues années pour pornographie. Elle offrait un regard osé sur la jeunesse, défendait le désir adolescent et pointait... Lire la suite (16 mars)
  • « Médéa mountains »
    Alima Hamel, la jeune poétesse, musicienne et chanteuse d’origine algérienne évoque ici son histoire personnelle. Elle se souvient du bonheur des vacances familiales quand elle quittait Nantes avec... Lire la suite (12 mars)
  • « Le pays lointain (Un arrangement) »
    C’est l’ultime pièce de Jean-Luc Lagarce mort à 38 ans, en 1995, quelques jours après l’avoir terminée. On y retrouve le thème du retour de l’enfant prodigue parmi les siens. Louis revient, au pays... Lire la suite (11 mars)