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Un film d’Hélène Milano (France)

"Les roses noires" Sortie en salles le 28 novembre 2012

Coralie, Kahina, Moufida ont entre 13 et 18 ans. Elles vivent en banlieue parisienne ou dans les quartiers Nord de Marseille.

Elles revendiquent, entre autres, la singularité de leur langage, leurs manières de garçons manqués et leurs accoutrements masculins qui les tiennent à l’abri de toute atteinte à leur réputation.

Le langage qu’elles utilisent, qui contribue à leur identité propre, les isole. Elles tirent une certaine fierté du fait qu’en dehors du quartier, les gens ont du mal à les comprendre et qu’elles-mêmes, sortie du périmètre, peinent à comprendre les autres.

Ces particularités langagières qui se jouent de la grammaire et de la syntaxe, qu’elles considèrent comme une force, une façon de contourner l’exclusion et les carences culturelles et dont elles se servent comme autant de masques, ne les serviront pas quand elles vont devoir intégrer la vie professionnelle.

Certaines d’entre elles en sont conscientes et prétendent pouvoir, le moment venu, revenir à un langage plus châtié qu’elles gardent en réserve.

Le langage propre à chaque quartier, l’accent banlieusard permettent de codifier les échanges et confirment l’appartenance à un état d’esprit, à une forme de mentalité.

Mais le langage n’est pas la seule parade. Les vêtements contribuent également à définir l’identité. Le style "garçon manqué" est une défense. Il masque les formes féminines et garantissent la bonne moralité de celles qui l’adoptent.

Mais le moment est d’autant plus délicat quand, plus tard, viendra le moment de découvrir ses épaules, de lâcher ses cheveux, d’abandonner la capuche du sweat-shirt.

Tous ces codes, ces règles parallèles, ces carcans sociaux rendent ce monde opaque et impénétrable.

Le film choral d’Hélène Milano qui porte sur des lieux différents et met en présence de nombreuses adolescentes qui tiennent à peu de choses près le même discours, met les garçons sur la touche.

La cinéaste a tenu à ne donner la paroles qu’aux seules filles partant de l’idée qu’avant de donner la parole aux autres, il faut d’abord être entendu. Il n’était pas question que les garçons apparaissent dans le film de façon restreinte ou sous la forme d’un simple droit de réponse.

Elle a voulu interroger la construction, sans doute imparfaite, d’un groupe d’adolescentes dans son rapport à différents états de langues, cette façon d’exister avec leurs singularités, leurs qualités mais aussi leurs manques et de douloureuses constatations ainsi que les stratégies mises en place vis-à-vis des garçons, de la famille.

Ce film relate un constat nouveau qui a fait dire à un travailleur social qu’actuellement les rapports filles-garçons étaient au rouge.

Si on s’en tient à ce qui apparaît dans le film et dans le propos des jeunes filles, une barrière est en train de se mettre en place entre les adolescents des deux sexes.

L’état des lieux que propose Hélène Milano fait la lumière sur un monde mal connu et par là même, souvent sous-estimé.

Francis Dubois

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