Actualité théâtrale

Théâtre Gérard Philipe - CDN de Saint-Denis (93), jusqu’au 2 décembre 2012

"Les serments indiscrets" de Marivaux - mise en scène Christophe Rauck

Ergaste et Orgon ont en projet le mariage de leurs enfants Lucile et Damis qui pourrait être une union harmonieuse. Mais ni l’un ni l’autre ne sont prêts à rompre avec le célibat. Pour Lucile qui entend rester une femme libre, le mariage pourrait cesser de la rendre désirable. Quant à Damis, il ne s’y sent pas prêt et n’a nulle envie de renoncer à son indépendance.
Ils se font le serment réciproque de mettre tout en œuvre pour décliner ces accordailles. Mais à l’ombre de cette décision de façade, le cœur en a décidé autrement.
Comment alors dompter le machiavélisme de l’orgueil et revenir sur les serments engagés.

Christophe Rauck a pris le texte de Marivaux à bras le corps en jouant en virtuose sur le pathétique et la drôlerie des situations. Il fait de ces " Serments indiscrets" une histoire turbulente, espiègle et tourmentée et s’accorde une marge de liberté qui ne touche pas au texte.
Les comédiens n’ont pas l’âge des personnages et c’est tant mieux puisque leur énergie, leur jeu inventif, leurs allées et venues, le constant mouvement sur le plateau leur donne la légèreté de la jeunesse.

© Anne Nordmann

Cécile Garcia-Fogiel n’a pas vingt ans mais son parti pris de jeu ne nous laisse pas le temps de nous interroger sur le décalage. Elle compose une Lucile caractérielle, têtue comme une mule, hostile à tout, à tous et à elle-même mais toute en nuances, grâce et féminité. Elle s’agite comme un diable et pourtant pas un des gestes ne déborde, n’est hors sujet. Elle est merveilleuse et il suffit pour qu’elle soit une héroïne de comédie.
Lisette et Frontin sont une suivante et un valet d’âge mûr mais la fraîcheur, la spontanéité de leur interprétation en fait des amoureux revêches et délicieux comme il convient et tellement intelligents, perspicaces et drôles…
Et c’est tout juste si Phénice, jouée par Sabrina Kouroughli, plus jeune, n’est pas elle en décalage.
Un décor de rideaux vaporeux. Quelques fauteuils qu’on malmène sous les coups de l’emportement. Un fond de plateau figurant un paysage crépusculaire. Rien de trop pour laisser le champ libre aux comédiens, aux mouvements, aux affrontements et à l’audace inventive et jamais provocante de Christophe Rauck.
Le sujet de la pièce de Marivaux lui a fait penser à "La non-demande en mariage " de Georges Brassens et voilà qu’en intermède, pour un moment d’émotion pure, pendant qu’un comédien remet en ordre le décor chahuté par la précédente dispute, il laisse le plateau au chanteur sétois.
C’est culotté, c’est audacieux. Ca pourrait être déplacé. Non. Brassens et sa chanson contre le mariage, rencontrent Marivaux et c’est un bonheur.
Christophe Rauck est en train de devenir un de nos grands metteurs en scène. Sa discrétion ne le met pas encore sur le devant de la scène, mais ça ne devrait pas tarder.
Il faut aller au TGP de Saint-Denis avant le 2 décembre.
Francis Dubois

Théâtre Gérard Philipe - Centre Dramatique National de Saint-Denis
59 boulevard Jules Guesde 93207 Saint- Denis
Réservation (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 0148 13 70 00 / reservation@theatregerardphilipe.com

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