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Un film de Jean-Michel Carré (France)

"Les travailleu®ses du sexe" Sortie en salles le 3 février


"Plus de caresses et moins de CRS !", "Rendez-nous nos trottoirs !" étaient les slogans du nouveau collectif des travailleu®ses du sexe au cours de la manifestation qui eut lieu en mars 2006 sous les fenêtres du premier ministre. La loi du ministre de l’intérieur Sarkozy, votée en 2003 interdisait le racolage sur la voie publique et empêchait de ce fait, des hommes et des femmes de pouvoir louer librement leur corps alors que, paradoxalement, l’économie de marché utilise une pseudo libération sexuelle pour justifier la légalisation de la marchandisation de l’intime. Des jugements moralisateurs vont-ils conduire à un contrôle par le pouvoir, des rapports hommes/femmes ?
Il existe une prostitution forcée dominée pas le phénomène mafieux qu’il faut combattre. Mais il s’agit de combattre aussi les idées reçues concernant dans ce domaine, l’amalgame entre prostitution et exploitation sexuelle. Car la prostitution est également une activité humaine qui doit être libérée des asservissements culpabilisants et répressifs.
La bonne conscience a toujours eu tendance à penser pour les autres en hissant le drapeau de la morale. Elle affirme que dans la prostitution, les corps en sont réduits à l’état de marchandise, que l’avilissement guette les filles (et les hommes) perdus, que le respect de soi s’est égaré au gré de tendances perverses, qu’atteinte est portée à la dignité des ces êtres, à leur santé psychique…
Veillant au rétablissement de la morale et des valeurs humaines dans une société jugée trop permissive, l’abolitionnisme est ressenti par ces femmes et ces hommes comme de la maltraitance psychologique. Car, si l’une d’elles sort du rang et revendique la liberté de disposer librement de son corps, elle est considérée comme non représentative, nymphomane ou légitimant le viol. Elle peut faire l’objet de sanctions plus ou moins sournoises, se voir infliger un contrôle fiscal, se voir retirer la garde de ses enfants, connaître le harcèlement policier ou être expulsée.
Au lieu de réprimer aveuglement, le rôle des politiques ne devrait-il pas être de lutter contre le proxénétisme et les réseaux de traite et d’aider les prostituées à obtenir un statut de travailleuses indépendantes assortis de droits et de devoirs ?
Dans son film, Jean-Michel Carré dont on se rappelle "Charbons ardents" ou "J’ai très mal au travail" parmi la trentaine de documentaires qu’il à réalisés, dresse un état des lieux.
Les témoignages se succèdent, s’entrecroisent sans précaution oratoire, avec un naturel confondant. Ces femmes et (quelques) hommes donnent ainsi une définition simple et évidente de leur activité professionnelle qui peut prendre un caractère social quand l’une d’elle confie qu’elles s’est spécialisée dans les rencontres avec des personnes diminuées auxquelles des handicaps interdisent d’avoir accès à des relations sexuelles…
Aucune agressivité. Aucune amertume. Aucun jugement moral de la part de celles et ceux qui pratiquent ce qu’il est coutume d’appeler le plus vieux métier du monde.
Les moments de grande difficulté que traverse notre époque n’obligent-ils pas des étudiantes à se prostituer temporairement pour payer leurs études comme le font certaines personnes endettées ou d’autres, soucieuses d’accéder à la propriété.
La loi visant au "nettoyage"de nos trottoirs n’aura servi qu’à encourager la clandestinité et à renforcer le proxénétisme.
Francis Dubois

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