Actualité théâtrale

au Lucernaire

"Les travaux et les jours" Jusqu’au 2 juin

Dans cette pièce écrite en 1977, Michel Vinaver nous entraîne au service après-vente de la Société Cosson, entreprise familiale renommée pour ses moulins à café, qui est sur le point d’être rachetée par le Groupe Beaumoulin. Michel Vinaver, qui fut longtemps PDG de Gillette-France, nous accompagne sans complaisance dans un monde qu’il connaît bien, celui de l’entreprise à un moment clé, celui où la recherche des gains de productivité devient déterminante, celui des premières restructurations et de l’arrivée de l’informatique. Mais il y a aussi chez lui une vraie tendresse pour le monde du travail. L’entreprise est une scène où se tisse toute la variété des rapports humains.

Il y a le chef très sûr de ses jugements et de ses instructions (son discours sur les gains de productivité est assez hilarant), qui répète aux employées « chez Cosson, on est bref » et n’hésite pas à harceler la jolie secrétaire, il y a les employées un peu désabusées, inquiètes de l’avenir quand se profile la reprise de leur entreprise, l’employé qui préfère s’épanouir que faire carrière, la nouvelle et jeune secrétaire qui espère un CDI tout en esquivant les avances du chef de service. Il y a les petites jalousies, les persiflages, les rapports amoureux qui s’ébauchent, mais aussi les licenciements qui tombent et la disparition du service après-vente remplacé par un ordinateur et des lettres-types.

La metteure en scène Valérie Grail a mis en scène la pièce dans une ambiance très années 1970, ce qui sied à cette pièce marquée aussi par les utopies de vie communautaire de ces années-là. Les couleurs pop des robes, le mini-kilt jaune porté avec un collant rouge sont de mise. Le ballet des chaises des secrétaires, des meubles que l’on déplace, les appels des téléphones et les chansons de l’époque rythment le petit monde du service après-vente, bousculé par les bouleversements économiques qui pointent.

C’est sociologiquement très juste et en même temps poétique, drôle et enlevé. L’interprétation est fine. Chacun des cinq personnages a une véritable personnalité. On prend beaucoup de plaisir à la soirée et on peut aussi y entraîner ses élèves.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 21h30
Le Lucernaire
53 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 44 57 34
www.lucernaire.fr

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Féministe pour homme »
    Noémie de Lattre n’a pas attendu l’affaire Weinstein et me-too pour parler des femmes et du féminisme dans ses pièces et dans son livre. Et sur ce sujet son spectacle, qui tient du théâtre, du cabaret... Lire la suite (6 décembre)
  • « Trois femmes (l’échappée) »
    Joëlle, tout juste diplômée « auxiliaire de vie », vient d’être embauchée comme gardienne de nuit par la fille de la vieille et très riche Madame Chevalier. Celle-ci en vieille dame acariâtre qui n’a... Lire la suite (3 décembre)
  • « Dark circus »
    Quel étrange cirque où l’acrobate tombe, où l’homme canon s’envole au-dessus de l’Afrique pour ne plus réapparaître, où le manche d’une guitare devient un dompteur que le lion s’empresse de dévorer et où le... Lire la suite (3 décembre)
  • « Féminines »
    Après Hors la loi, où elle s’attachait à l’histoire des femmes jugées pour avortement à Bobigny dont le procès avait ouvert la voie à la loi légalisant l’avortement, la jeune autrice et metteuse en scène... Lire la suite (2 décembre)
  • « Féminines »
    Après Hors la loi, où elle s’attachait à l’histoire des femmes jugées pour avortement à Bobigny dont le procès avait ouvert la voie à la loi légalisant l’avortement, la jeune autrice et metteuse en scène... Lire la suite (2 décembre)