Actualité théâtrale

Jusqu’au 19 avril au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis

« Les trois sœurs »

Sur scène un canapé rouge, Irina en robe blanche, invite ses sœurs à venir danser. Olga, l’aînée, refuse, elle pense à leur père, mort un an avant, Macha lit et sifflote ironiquement. Trois sœurs donc, qui vivent à la campagne, où elles sont arrivées onze ans auparavant quand leur père y a été envoyé en garnison. Elles rêvent de retourner à Moscou, la ville de leur enfance, Irina rêve de travailler, Olga est lasse de son travail d’institutrice et Macha regrette d’avoir mal choisi son mari. Elles ont tout juste quitté le cocon de l’enfance, ne peuvent plus compter sur leurs parents qui sont morts et déjà, elles n’attendent plus grand chose des maris ou des amants qui partent ou ne sont pas à la hauteur de leurs espérances. C’est à cette période charnière où elles doivent choisir leur vie et abandonner leurs rêves que Tchekhov les saisit.

Théâtre : Les trois soeurs

Jean-Yves Ruf a souhaité sortir de l’image souvent donnée de trois jeunes filles tristes, déjà un peu fanées alors qu’elles ont à peine plus de vingt ans. Le premier acte ressemble un peu à du bavardage, pourtant des choses graves transparaissent. Macha accueille au début Verchinine, qui n’a que 30 ans, en lui disant « Oh, comme vous avez vieilli » et il répond « oui quand on m’appelait le major amoureux, j’étais jeune encore ! ». Il faut résister au temps qui passe, à la perte des illusions, il faut vivre, abandonner l’oisiveté de la vie aristocratique, se mettre au travail et l’on boit pour se consoler. Le moment de l’incendie voit les trois sœurs réunies dans un espace étriqué, où le canapé, symbole du nid familial est toujours là. Le dernier acte est sensé se passer dans le jardin, puisque les sœurs sont évincées de leur maison par leur belle-sœur (interprétée par Sarah Pasquier), qui a pris le pouvoir et organise tout l’espace, se comportant en arriviste prête à fouler aux pieds les vieux serviteurs. Elles sont face à des choix de vie, c’est la fin de leur monde, leurs routes vont se séparer mais la mise en scène de Jean-Yves Ruf nous laisse dans un lieu peu déterminé, le bruit de la scie ne suffit pas à nous entraîner dans le parc et cela nuit à la cohérence de cet acte. Elissa Alloula campe une Irina qui mêle insolence et nostalgie, charmeuse et charmante, résignée à un avenir éloigné de ses rêves. Lola Felouzis est une Macha désabusée, amoureuse de Verchinine, excellent Christophe Brault, qui affiche un optimisme cachant peut-être une profonde détresse. Face aux trois sœurs qui sont des femmes fortes, libres d’esprit, ayant eu une éducation un peu à part comme le dit l’une d’elles, les hommes apparaissent mous, velléitaires. Ils fuient la vie dans l’alcool, à l’image du médecin (Francis Freyburger) qui dit qu’une femme est morte par sa faute car il ne se souvient plus de rien, n’a plus que du vide dans la tête et du froid dans le cœur ou du frère (Pierre Yvon) qui se perd au jeu et n’est pas devenu professeur à l’Université comme ses sœurs l’espéraient.

Si on se réjouit d’entendre la musicalité de la langue de Tchekhov dans la belle traduction d’Anton Markowicz, on regrette que la mise en scène, en plaçant le plus souvent les personnages face aux spectateurs et sans arrière plan, ne serve pas la profondeur de la pièce.

Micheline Rousselet

Du lundi au samedi à 20h, le dimanche à 15h30, relâche le mardi.

Théâtre Gérard Philipe

59 Bld Jules Guesde, 93200 Saint Denis

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 48 13 70 00

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