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Un film de Meni Yaech (France-Israël)

"Les voisins de Dieu" Sortie en salles le 27 mars 2012

Avi, Kobi et Yaniv, la petite trentaine, se sont improvisés "police parallèle". Ils veillent au bon fonctionnement de leur quartier, à la périphérie de Tel Aviv. Ils se sont autoproclamés garants de leur propre vision du Talmud.

Ils corrigent de façon musclée les écarts de comportement qui, selon eux, portent atteinte au bon déroulement du Shabbat.

Ils surveillent les tenues des filles, le volume sonore des autoradios, la consommation d’alcool sur la voie publique.

L’amitié qui lie les trois amis va pourtant se trouver ébranlée, le jour où Avi, considéré comme le chef du groupe, rencontre et tombe amoureux de Miri, une jeune israélienne non pratiquante et qui néglige les règles vestimentaires féminines telles qu’ils les conçoivent.

Leurs exigences à propos des habitants du quartier, au cours du Shabbat, ne les empêchent pas le reste du temps de boire de l’alcool, de fumer du shit, de se comporter en viveurs débordants.

Meni Yaech a tourné son film dans sa ville natale, Bat-Yam, dans les faubourgs de Tel-Aviv. Il a fait ce choix afin d’exprimer sa nostalgie pour le lieu de son enfance, une ville multiculturelle où cohabitaient des turcs, des marocains, des roumains.

Bat-Yam est habitée par des représentants des classes moyenne et ouvrière. Elle est à la fois une ville d’hier et d’aujourd’hui où l’on respecte la religion, mais qui est à proportion égale, peuplée de laïcs.

Bat-Yam n’échappe pas aux tensions inter-communautaires, notamment à de fréquentes confrontations avec les voisins arabes de Jaffa. La tension existe également avec l’immigration russe implantée dans la ville depuis une dizaine d’années.

Les trois jeunes gens du récit appartiennent au courant religieux de Breslev. Ce sont souvent d’anciens délinquants revenus à une religion qu’ils pratiquent à leur façon, avec rigueur mais sans se priver de boire de l’alcool, de fumer de l’herbe, de jouer au foot.

Eux qui seraient incapables de vivre dans un cadre austère sont paradoxalement les gardiens intransigeants du bon comportement des israéliens au moment du Shabbat.

Mais leur vigilance vis-à-vis du non-respect des règles n’est pas la seule raison de leurs agissements. Elle satisfait tout autant leur goût du machisme, de la castagne et la violence en général.

Il résulte de ces contradictions un film ambivalent. D’un côté Mani Yaech critique le prétexte de la foi comme justification de la violence et du racisme notamment à l’égard des arabes. De l’autre, "Les voisins de Dieu" met en avant la force spirituelle et morale dans le judaïsme, comme source de solidarité ou de renforcement des liens de la famille traditionnelle.

Or, pour ajouter à la contradiction, ce qui plaira à Avi chez Miri, c’est précisément son courage, sa liberté non- conformiste et le fait qu’elle tienne tête aux hommes qui terrorisent le quartier.

Cependant de la mécréante du début du film, de la résistante, sans doute guidée par son amour pour Avi, il ne restera bientôt plus grand-chose. De là à imaginer qu’elle rentrera complètement dans les règles de la religion…

On se demande ici et là si Mani Yaech, avec les bons sentiments qu’il développe, ne finit pas par trahir son propos initial ?

Francis Dubois

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