Actualité théâtrale

Jusqu’au 2 avril 2009

« Les zhumoristiques » au Théâtre de Ménilmontant

D’abord il y a un texte, celui de Michel Monnereau, un ensemble d’aphorismes, de saynètes très courtes, d’épitaphes extravagantes, de calembours. On pense bien sûr à Pierre Dac et Francis Blanche, à Alphonse Allais, à Boris Vian, bref à tous ceux qui nous ont tant fait rire, d’un rire plein d’intelligence qui se moquait des travers humains sans se placer au-dessus de la mêlée. Cela va de l’absurde, tel le dialogue avec le chimpanzé qui se conclut par « on ne devrait jamais parler aux chimpanzés le dimanche », à l’humour noir, tels le faire-part de Marie et Joseph qui annoncent « la mort de leur fils Jésus » suivis d’un second faire-part annonçant sa résurrection et invitant à ne pas tenir compte du premier ! Il y a des aphorismes du genre « Mourir n’est rien, c’est ne pas se lever le lendemain qui est le plus pénible », des petites annonces, « l’homme qui s’est trompé de femme en sortant du cinéma hier au soir est prié de me ramener Josette, c’est elle qui a les clefs », un texte sur « comment traquer les CRS dont les mœurs nous sont en grande partie inconnues, surtout leur mode de reproduction ».
Ensuite ce texte est servi par deux acteurs Catherine Artigala et Florent Meyer. Il est mince et digne, elle est ronde et rousse et nous offre un sourire éblouissant. Elle nous dit son texte avec une gourmandise jubilatoire, tandis qu’il semble plongé dans la réflexion que lui inspire le sien et le tout s’enchaîne sur un rythme trépidant. Leurs mouvements sont réglés comme un ballet, ils s’envoient à la tête les sentences lapidaires, les dictons vengeurs, les saynètes lourdes de drames et nous renvoient le portrait d’une drôle d’humanité, où l’homme fait ce qu’il peut. Bien sûr c’est sur les épitaphes qu’ils terminent leurs échanges et « le dernier qui meurt éteint la lumière ». Deux tabourets, un jeu délicat de lumière et quelques bribes de musique de Satie suffisent à nous faire entrer dans leur monde. En ces temps moroses, où trop d’humoristes confondent rire et vulgarité, c’est un spectacle original où l’on rit beaucoup en observant une humanité qui nous ressemble.
Micheline Rousselet

Théâtre de Ménilmontant
15 rue du Retrait, 75 020 Paris
les mardi, mercredi et jeudi à 19h30
Réservations 01 46 36 98 60

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