Actualité théâtrale

Jusqu’au 30 juin au Lucernaire

"Lettre à ma mère" de Georges Simenon

Georges Simenon a quitté Liège, sa ville natale, à l’âge de dix-neuf ans, après la mort de son père. Il a ensuite eu avec sa mère des relations assez épisodiques. Alors qu’elle est sur le point de mourir à l’Hôpital de Bavière, à Liège, il revient et passe une semaine à son chevet jusqu’à sa mort. Lucide, peu causante, elle le regarde intensément et lui demande : « Pourquoi es-tu venu Georges ? ». Ces deux-là ne se sont jamais beaucoup aimé, ils faisaient semblant, c’est tout. Trois ans après, alors que Georges Simenon avait déclaré qu’il n’écrirait plus d’œuvre romanesque, il publie Lettre à ma mère, où il s’interroge sur cette mère et sur lui-même. Il nous livre une chronique de l’incompréhension entre deux êtres qui n’ont jamais réussi à s’aimer parce qu’ils ne sont pas parvenus à se parler. Pendant ces huit jours, il a observé sa mère, il a retrouvé en elle ce qui lui déplaisait, ses yeux durs et méfiants, son sourire qu’il dit marqué d’amertume, mais aussi mélancolique et résigné. Trois ans après quand il écrit ce texte, il rassemble ses souvenirs, repense aux choses enfouies au fond de la mémoire, aux petits mots et aux gestes qui font mal, mais il a surtout envie de mieux la connaître, de savoir si c’est d’elle qu’il tient tel ou tel trait de caractère, si quand il la regardait à l’hôpital, parfois, ils pensaient à la même chose. En fait il voudrait en savoir plus sur elle, comprendre ses raisons. Mais pour cela il lui faudrait connaître l’enfance de sa mère, sa relation avec son père et il se rend compte qu’il en sait très peu et qu’il ne saura jamais, car dans cette famille de taiseux on se révélait peu.
Le texte de Simenon est aussi intense que cette quête. Il démontre dans la recherche des raisons qui ont fait agir sa mère, la même acuité et la même finesse que dans les enquêtes de son personnage, le Commissaire Maigret. D’une observation presque entomologique il glisse vers la compréhension, vers un jugement moins marqué par la conflictualité de leurs rapports. Il ne voit plus seulement les défauts et les faiblesses de la mère, il voit une femme qui avait ses raisons d’agir et ses qualités. Enfin il peut lui dire adieu avec émotion.

Robert Benoit, qui avait déjà présenté du même auteur Lettre à mon juge, a adapté Lettre à ma mère. Il est seul en scène avec une petite table, une chaise, un album photo, et un lit qui s’éclaire parfois évoquant l’absente qui occupe toutes les pensées de Georges Simenon. Il est époustouflant de naturel et d’intelligence. Pendant une heure quinze la salle est suspendue à sa voix. On suit son regard qui observe cette mère, cherche à effacer les idées fausses qui ont tant perturbé leur relation et s’attache à mieux comprendre sa vérité pour parvenir, après tant d’années, à enfin l’aimer. Il est bouleversant.
Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 18h30 et à partir du 29 avril le dimanche à 15h
Le Lucernaire
53 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 44 57 34
www.lucernaire.fr

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