Actualité théâtrale

Jusqu’au 14 avril au Théâtre de l’Atalante

« Lettres à Élise »

1914, Jean l’instituteur part à la guerre, laissant derrière lui sa femme et ses deux jeunes enfants. Pendant toute la durée de la guerre ils vont s’écrire. Dans les lettres de Jean passent l’espoir d’une victoire rapide, les rires avec les camarades qui laissent bientôt place à la peur avec les premiers combats, les souffrances dans la boue et le froid, la douleur face à la mort des copains et à cette guerre qui devait être gagnée si vite et qui n’en finit pas, et enfin la révolte contre ces officiers qui cherchent la gloire au mépris de la vie des hommes. Dans les lettres d’Élise on entend la souffrance des femmes obligées d’assumer toutes les tâches, au foyer, aux champs, en remplacement des instituteurs partis au front ou des ouvriers dans les usines d’armement, contraintes de consoler le chagrin des enfants tout en supportant le leur.

Théâtre : Lettre à Elise

Yves Beaunesne a imaginé une très belle mise en scène pour ce texte de Jean-François Viot, inspiré de correspondances réelles. Au fond du plateau des panneaux translucides se couvrent peu à peu des cartes géographiques montrant l’évolution des entrées en guerre et des fronts dessinées par Jean, puis des dessins qu’envoient les enfants à leur père, Camille et Arthur bientôt rejoints par une petite Jeanne. Derrière les panneaux, en transparence, Élise raconte les transformations de la vie au village, le café qui n’ouvre qu’après la sortie des classes, les femmes organisant un atelier de tricot pour envoyer des chaussettes à leurs hommes. Parfois Élise rejoint Jean devant les panneaux translucides. La parole circule rapidement de l’un à l’autre. Le ton devient plus grave au fur et à mesure que les années se succèdent. Sur le front les fraternisations de Noël 1915 ont fait place à des combats sanglants, la contestation de la guerre gagne avec les premiers fusillés pour l’exemple. À l’arrière les rapports de classe se tendent.

Élie Triffault et Lou Chauvain donnent à cette correspondance de la couleur, de la gaîté parfois, de la tristesse souvent, de l’émotion toujours. Ils sont formidables. Ils ne nous font pas un cours d’histoire, c’est la vie qui frémit dans leurs échanges. On n’y entend pas seulement l’Histoire mais aussi l’amour et la peur de perdre l’être aimé. Tout est là et c’est très beau.

Micheline Rousselet

Les lundis, mercredis, vendredis à 20h30, les jeudis et samedis à 19h, les dimanches à 17h

L’Atalante

10 place Charles Dullin, 75018 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 46 06 11 90

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Ruy Blas »
    Cet été le château de Grignan se met à l’heure de l’Espagne du XVIIème siècle pour accueillir le drame romantique de Victor Hugo. La reine d’Espagne vient d’exiler Don Salluste qui a déshonoré une de ses... Lire la suite (21 juillet)
  • La nuit juste avant les forêts
    Tout d’abord, il y a le texte, dur, puissant, superbe, qui résonne fortement avec l’actualité. Et pourtant, Bernard-Marie Koltes l’a écrit et fait représenter dans le Off d’Avignon en 1977. Il ne sera... Lire la suite (20 juillet)
  • Alain Paris chante les fables de La Fontaine
    Est-ce l’horaire ? Est-ce le lieu très excentré près des remparts de l’Oulle ? Il y avait peu de monde pour ce joli spectacle et c’est bien dommage. Alain Paris chante les fables de La Fontaine,... Lire la suite (17 juillet)
  • Beaucoup de bruit pour rien
    La modernité de cette pièce écrite en 1600 est saisissante. Elle est accentuée par la mise en scène intelligente de Salomé Villiers et Pierre Hélie. L’action est placée dans un cadre qui évoque tout... Lire la suite (8 juillet)
  • « Dévotion, dernière offrande aux dieux morts »
    Clément Bondu, écrivain, poète, musicien et metteur en scène en résidence aux Plateaux Sauvages signe le texte et la mise en scène de ce spectacle dont il nourrissait le projet depuis plusieurs années... Lire la suite (3 juillet)