Actualité théâtrale

Jusqu’au 5 novembre à La Manufacture des Abbesses

« Liberté ! (avec un point d’exclamation) »

Des pieds chaussés de chaussettes rouges s’échappent d’un coffre d’où sort la voix d’un homme fredonnant la chanson de Moustaki Ma liberté. C’est bien de liberté que va nous parler Gauthier Fourcade et, comme « être libre, c’est avoir le choix » , il nous embarque dans un raisonnement où l’absurde côtoie une logique imparable. Il nous entraîne dans un univers qui devient surréaliste, où tous les chemins mènent à Rome, où les moulins à paroles produisent de l’électricité et où les voitures ont un volant qui leur permet seulement de tourner à droite, ce qui n’empêche pas de faire demi-tour ou d’aller à gauche, si l’on accepte un circuit un peu complexe ! Sous cet aspect loufoque se cache un cri de révolte philosophique, rappelant que l’homme est doté de libre-arbitre et que si choisir est parfois difficile, surtout quand les choix possibles sont trop nombreux, il en va de la démocratie et de la liberté de penser. L’extraordinaire est que l’on passe avec une fluidité surprenante du délire au sérieux et de la poésie à l’humour.

Théâtre : Liberté !

Le comique de Gauthier Fourcade tient surtout à sa virtuosité à jouer avec les mots. Non seulement il passe du sens propre au sens figuré à la façon de Raymond Devos, mais il joue avec les allitérations et les assonances, faisant émerger un sens nouveau, créant des rapprochements inédits, maniant la métaphore ou les jeux de mots pour nous conduire dans un monde baroque, poétique et joyeux.

Pour accompagner ce poète qui se bat avec les mots contre la « déesse consommation », contre le déterminisme et le rigorisme religieux, William Mesguish a imaginé une mise en scène très astucieuse, avec une sorte de machine où pendent des étiquettes que l’acteur retourne au gré des choix qu’il effectue ou sur lesquels il revient, puisque sa maladie, c’est justement de ne pas arriver à choisir ! Il y a aussi deux marionnettes que Gauthier Fourcade fait dialoguer.

Évoquer un lapin qu’un magicien sort de son chapeau pour s’interroger sur un Dieu qui se serait créé tout seul et sur la difficulté de la chose, tout cela en concluant « Je vais rester couché, c’est le principe de la cause alitée » , voilà la magie de Gauthier Fourcade !

Micheline Rousselet

Du jeudi au samedi à 21h, le dimanche à 16h

La Manufacture des Abbesses

7 rue Véron, 75018 Paris

Réservations : 01 42 33 42 03

Se réclamer du Snes et de cet article : demande de partenariat Réduc’snes en cours

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Veillée de famille »
    Deux frères et une sœur autour de la cinquantaine vont et viennent, discutent de tout et de rien pendant que de l’autre côté du couloir, leur vieille mère agonise. La conversation les conduit au bout... Lire la suite (21 mars)
  • « Le pays lointain »
    C’est l’ultime pièce de Jean-Luc Lagarce mort à 38 ans, en 1995, quelques jours après l’avoir terminée. On y retrouve le thème du retour de l’enfant prodigue parmi les siens, comme dans Juste la fin du... Lire la suite (21 mars)
  • « Madame Pink » Comédie d’Alfredo Arias et René de Ceccatty
    Pour rompre avec la monotonie de sa vie conjugale, madame Pink, une grande bourgeoise excentrique, décide un jour d’adopter un caniche. Or, le petit chien Roxie ira bien au delà des espérances de sa... Lire la suite (20 mars)
  • « Qui a tué mon père »
    C’est à la demande de Stanislas Nordey, acteur et metteur en scène reconnu, que Édouard Louis a écrit ce texte. C’est à une réconciliation avec ce père honni dans En finir avec Eddie Bellegueule que... Lire la suite (20 mars)
  • « Et ma cendre sera plus chaude que leur vie »
    Marina Tsvetaeva, qui connut un destin tragique, est une des plus grandes poétesses russes de la première moitié du XXème siècle. Son destin suit l’histoire russe. Son mari épouse d’abord la cause des... Lire la suite (19 mars)