Lycée

Orientation fin de Seconde et spécialités

Libre choix... Dans la limite des places disponibles !

La réforme du lycée imposée par le ministre Blanquer est vendue depuis le départ comme une réforme qui va donner davantage de choix et de liberté aux élèves pour construire leur parcours, de manière plus personnalisée. Cet argumentaire, ressassé à l’envi, prend même des accents lyriques jusque dans les notes de service : "Le sens profond de cette évolution est de développer l’autonomie et la créativité des élèves, facteurs essentiels de réussite au XXIe siècle" (26 septembre 2018). La réalité est moins poétique... et plus contrainte !

Depuis le départ, le SNES-FSU a pointé le véritable mensonge que représente cette communication ministérielle. D’abord parce que les séries générales offrent déjà de nombreux parcours. Ensuite, parce que les choix " libres " sont souvent influencés par des déterminismes sociaux. Parce que, également, les possibilités de choix vont être contraintes par l’offre de spécialités de chaque établissement - et cette offre risque d’être beaucoup plus inégalitaire que dans une organisation en séries. Et puis, " tout simplement ", parce que ce soi-disant " libre choix " va se faire " sous contrainte " des places disponibles, et des possibilités d’organisation des emplois du temps.

Malheureusement, le ministère ne cesse de confirmer les analyses du SNES. Dernier épisode en date, un courrier adressé aux recteurs d’académie, le 6 mars vient préciser la note de service publiée le 28 septembre dernier. La DGESCO y expose les règles internes de "traitement des choix des enseignements de spécialité de 1ère générale ", pour les élèves actuellement en 2nde GT. Par ailleurs, chaque académie précise et développe les protocoles d’orientation et de modalités de choix des spécialités pour la Première générale comme en témoigne la circulaire académique de Créteil.

Choix des enseignements de spécialité Note aux recteurs Dgesco mars 2019
Circulaire académique de Créteil

Contraintes d’organisation
Après avoir rappelé la communication habituelle, qui ne trompe que ceux qui veulent y croire, le ministère tombe donc le masque :

" Le proviseur détermine l’organisation de son établissement en fonction des demandes formulées (…) par les élèves (…) et des contraintes spécifiques propres à l’établissement qu’il dirige. En fin d’année, il ouvre les groupes nécessaires, dans la limite de ses contraintes d’organisation, pour satisfaire les demandes exprimées (...) ".

Ainsi donc, on ne pourra pas vraiment satisfaire toutes les demandes " libres " des élèves. Le ministère est même assez précis :
" Dans certaines situations, qui doivent rester exceptionnelles, il peut s’avérer impossible de satisfaire le choix des élèves au sein des établissement :
- si la composition des choix n’est pas possible compte tenu des contraintes d’organisation de l’établissement ;
- si la capacité d’accueil est atteinte dans un enseignement et qu’il n’est plus possible d’ouvrir un groupe supplémentaire ;
- si un des enseignements demandés n’est pas proposé dans l’établissement "

Libre choix des spécialités et de leur combinaison personnalisée ? Dans la limite des places disponibles et de l’organisation des emplois du temps !

Que faire des surnuméraires ?
Une fois cette règle posée, les choses sont claires : certains élèves se verront opposer un refus à leur choix de spécialité, et devront donc être affectés dans une autre spécialité : leur 4ème vœu dans l’établissement, ou une spécialité dans un lycée voisin, ou une spécialité proposée par le CNED, ou enfin " un autre enseignement de spécialité (…) qui ne figurait pas dans les 4 souhaits formulés par l’élève ". Le " libre choix "... d’aller là où il y a de place, et tant pis si ce n’est pas ce que l’élève souhaitait !
Comment opérer le tri de ces élèves surnuméraires ? " Les élèves sont départagés selon les recommandations du conseil de classe et les notes de l’élève en lien avec les enseignements de spécialité demandés ". Autrement dit, les spécialités très demandées trieront pour garder les meilleurs élèves, et les spécialités les moins demandées serviront de " réceptacle " pour les élèves les plus faibles... Et donc cette réforme remet en cause les hiérarchies entre formations... Du moins si on y croit !

Assignation à résidence ?
Le " libre choix " implique également la possibilité de changer d’établissement, ou simplement de suivre une spécialité dans un autre établissement. Mais là encore, la note du MEN vient doucher les éventuels enthousiasmes.
D’abord, les élèves qui demandent une spécialité dans un autre lycée ne seront pris... que s’il reste de la place : " les élèves qui choisissent leurs enseignements de spécialité parmi ceux proposés dans leur établissement sont prioritaires. Ce n’est que si des places subsistent qu’elles pourront être proposées à des élèves d’autres établissements ". Ce principe pourrait paraître juste... si l’offre de formation était aussi riche d’un établissement à l’autre ! Mais comme le SNES l’a montré, ce n’est pas le cas. Le " libre choix " se fera donc essentiellement dans la limite de l’offre de l’établissement, avec très peu de possibilité de prendre une spécialité extérieure à l’établissement - sans même parler, en réalité, de la difficulté pratique que cela peut impliquer.
Quant à ceux qui souhaiteraient changer de lycée pour suivre une spécialité qui n’est pas dans leur établissement, leurs demandes " seront examinées dans le cadre d’une commission départementale ", et " ne [seront] traitées qu’après l’affectation des élèves déjà scolarisés dans l’établissement ". Là encore, on verra s’il reste de la place... Sinon, l’élève restera dans son établissement, même s’il ne peut pas y suivre l’enseignement de spécialité qui l’aurait intéressé.

Reconnaissons à cette communication ministérielle le mérite de la franchise : il est maintenant clair pour tout le monde que, comme le dit le SNES depuis un an, l’argument de vente de la réforme, le " libre choix donné aux élèves ", n’est qu’un vaste mensonge. Est-ce si surprenant pour un ministre qui a fait le choix politique de mentir pour imposer ses réformes ?

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