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Un film de Jean-Marie Teno

« Lieux saints » Sortie en salles le 4 mai 2011

A travers les activités artistiques quotidiennes de trois habitants d’une banlieue populaire de Ouagadougou, « Lieux saints  » démontre que, grâce à des êtres engagés et passionnés, la misère économique n’entraîne pas forcément dans son sillage la misère spirituelle et culturelle.
Bouba, tient dans un local vétuste, meublé de quelques bancs et équipé d’un matériel vidéo de base, un vidéo-club où il diffuse, à raison de plusieurs séances quotidiennes, des films DVD d’une origine indéterminée mais qui lui permettent de montrer à un public assidu, classiques et nanars pour un prix d’entrée de moins de dix centimes d’euros.

A la fois artisan et artiste, Jules César fabrique des djembés. Il en joue et il transmet la pratique de l’instrument et ses talents de musiciens aux jeunes du quartier, friands de rythme.
El Abdo, un ancien technicien supérieur désœuvré, décore les murs du quartier de citations philosophiques incitant les autochtones à la réflexion.
Le film de Jean-Marie Teno interroge sur la place du cinéma en Afrique aujourd’hui dans le contexte de la mondialisation et de la révolution numérique. Mais il pose aussi d’autres questions à propos de la mission du cinéaste documentariste, de la distribution de ces films et de leur impact informatif.
Quel type de spectateur prendrait aujourd’hui le temps de se pencher sur le situation du cinéma en Afrique, sur les attentes et les particularités d’un public sans à priori culturel et qui se contente, contre quelques centimes d’euros de regarder, sur un écran de télévision, ce que le hasard d’une programmation de fortune lui propose ?
« Lieux saints » renvoie, malgré la médiocrité des conditions de projection, l’hétérogénéité des films proposés, aux racines même du cinéma, à l’attrait de l’image racontant une histoire.
Le public qui se déplace jusqu’au vidéo-club de Bouba ne s’attache pas à un nom d’acteur, à celui d’un metteur en scène ou même à un genre cinématographique mais il s’en remet à la fascination qu’opère sur lui l’image animée. Il suffit que la caméra de Jean-Marie Teno balaie un instant les visages des spectateurs, pour qu’on ait, à travers la mobilités des expressions, une réponse à l’essentiel des questions qu’on pourrait se poser à propos de l’attachement à la culture des populations les plus défavorisées.
Le film insiste sur les mystères de la production des films africains et sur leur destination. Il y a cinquante ans, l’Afrique ne produisait pas assez de films. Aujourd’hui que leur production est plus importante, le public en est privé, les salles de cinéma ayant dans certains cas totalement disparu d’un pays comme c’est le cas au Cameroun.
Et c’est à partir de ce manque que se sont développés les vidéo-clubs, qui sont un moindre mal en attendant qu’un vrai travail de réflexion se mette en place entre cinéastes, producteurs de films et exploitants de salles pour que le cinéma des pays africains ne soient pas exclusivement réservés aux Festivals ou au public européen friand d’exotisme.
Francis Dubois

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