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Un film de Jean-Christophe Klotz (France)

"Lignes de Front" Sortie en salles le 31 mars 2010

Avril 1994. Antoine, journaliste reporter, tourne un sujet sur les rapatriés du Rwanda. A l’aéroport, il rencontre Clément, d’origine Hutue, qui attend Alice, sa fiancée Tutsie, une employée d’ambassade. Alice ne compte pas parmi les passagers de l’avion. Antoine propose à Clément de partir avec lui au Rwanda à la recherche de la jeune femme et de lui permettre de filmer son périple. Confronté à l’insoutenable des massacres qui se répètent chaque jour, Antoine résiste, persuadé que le document qu’il ramènera à Paris permettra d’éclairer les français sur l’horreur de la situation. Déçu par l’accueil poli qui est réservé à son film, il décide de repartir au Rwanda. Mais cette fois-ci, sans sa caméra…
En 1994, Jean-Christophe Klotz fait un reportage sur le Rwanda auquel succèdera dix ans plus tard, un documentaire," Kigali, des images contre un massacre".
S’il décide de réaliser en 2009 une fiction sur le sujet, c’est qu’avec ses deux films précédents, il a pris la mesure de l’impuissance du témoin devant le génocide, de l’impossibilité de trouver les mots et les images justes, et de faire entrer la réalité dans le cadre d’une caméra.
"Lignes de Front" permet une autre approche. En sortant des domaines journalistique et autobiographique. et en abordant le sujet comme une initiation, le personnage est poussé au bord du gouffre, aux limites d’un supportable qui le met face à lui-même. Le fait que le film soit entièrement construit du point de vue d’Antoine permet de vivre et de raconter l’histoire de l’intérieur. Au moment où il débarque au Rwanda, le jeune homme croit dur comme fer à l’efficacité du journalisme de télévision, à la mission du reporter chargé de consigner une réalité pour susciter une prise de conscience capable d’agir sur le citoyen et pourquoi pas, de déclencher une action politique Au cours de la projection de son film devant l’équipe du journal, Antoine a la brutale révélation, en même temps qu’on le félicite pour son travail, que ce qu’il a produit n’est qu’un coup d’épée dans l’eau et qu’il n’y aucun point commun entre ce qu’il a vécu et ce qui été perçu par les autres à la vue des images. Convaincu du fait que la caméra est un outil insuffisant, il retirera son œil du viseur. Il perd foi en son métier mais gagne un regard autonome et humain.

photo © Baruch Rafic

"Lignes de Front" met également le personnage du journaliste face à d’autres réalités, celle de son implication en tant que français, et celle du rôle de la France dans le conflit…
Jean-Christophe Klotz ne pouvait taper plus juste quand, pour interpréter Antoine, son choix s’est porté sur Jalil Lespert, un des rares comédiens physiques du cinéma français. Jalil Lespert est un mélange de naïveté, de bons sentiments, de détermination. On n’a pas envie de dire qu’il est juste, ce serait restrictif. Bien plus que d’interprétation, il serait plus juste de parler ici d’ incarnation.
Francis Dubois

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