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Un film de Abbas Kiarostami (France –Japon)

"Like someone in love" Sortie en salles le 10 octobre 2012

Akiko, une jeune étudiante qui est call-girl à l’occasion, n’est pas disponible un soir où l’ entremetteur qui la drive lui demande de se rendre à un rendez-vous. Elle a un examen le lendemain et elle doit rencontrer sa grand-mère, de passage à Tokyo pour la journée.

Elle finit par obéir et s’en va retrouver dans son appartement, Takashi, un vieux professeur octogénaire qui a préparé un repas aux bougies pour l’occasion.

Mais Akiko, exténuée s’endort avant le dîner auprès du vieux monsieur qui ne désirait sans doute que sa seule présence.

Le lendemain, lorsque Takashi accompagne Akiko à un rendez-vous, la voisine et le fiancé de la jeune fille le prennent pour son grand-père…

Ce quiproquo prêtera-t-il à conséquence ?

Le réalisateur iranien Abbas Kiarostami à qui l’on doit " Où est la maison de mon ami" en 1990, " Au travers des oliviers" en 1994 et qui obtint la Palme d’Or à Cannes avec "Le goût de la cerise" en 1997 semble avoir trouvé un autre puits d’inspiration avec " Like someone in love" , un coproduction franco-japonaise qui, à bien y réfléchir, n’est pas bien éloigné de ses réalisations iraniennes dans le ton de la narration.

Aucun événement saillant ne survient et les séquences qui se succèdent ne reposent sur aucun ressort dramatique. Pourtant, tout au long du film, s’installe une sorte de léger suspense autour du personnage mutique de Akiko.

Le malaise qui occupe la jeune fille dès la scène d’ouverture, dans le bar où elle est oralement harcelée par l’entremetteur et au cours de laquelle elle hésite à propos de la décision à prendre, charge la longue scène d’un malaise lisible sans qu’il n’y ait jamais dramatisation.

Son impassibilité face au harcèlement verbal de l’homme contraste avec les activités incessantes, la vivacité des personnages au second plan de l’image.

Ici, situations et personnages semblent à peine esquissés et si parfois, la lumière se fait sur eux, des zones d’ombre apparaissent qui contrarient la totale compréhension du propos.

Ainsi, le personnage de Noriaki, le fiancé d’Akiko, qu’on montre avec limpidité, comme un mécanicien sur le lieu de son travail et qui se charge de mystère à la fois par le comportement mutique d’Akiko à son égard et par sa crédulité quand il identifie Takashi comme étant le grand père d’Akiko.

Ainsi le moment où Akiko appelle au secours Takashi : il la trouve en larmes, la bouche en sang mais personne ne saura jamais qui est l’auteur de la blessure dont elle souffre. Quelqu’un du réseau de prostitution ou Noriaki qui aura découvert la supercherie.

Abbas Kiarostami, sans avoir recours au plus petit effet, sans faire de concession au moindre ressort dramatique, maintient pendant près de deux heures, une "inquiétude" qui tient au seul mutisme de son personnage principal.

Il a choisi, pour interpréter les deux protagonistes de son film, une débutante de vingt ans et un débutant de quatre-vingt. Tous deux, l’un dans l’agitation permanente de déplacements et coups de fil répétés, elle dans l’immobilité et n’exprimant que par son regard ce que Kiarostami nous autorise à savoir d’elle, sont sans doute les éléments porteurs qui font de cette narration uniforme, une œuvre palpitante et profondément humaine.

Francis Dubois

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