Actualité théâtrale

au Nouveau Théâtre de Montreuil jusqu’au 18 mai

"Liliom ou la vie et la mort d’un vaurien" de Ferenc Molnàr. Mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia

"Liliom" est une fable foraine écrite en 1909 par le dramaturge hongrois Ferenc Molnàr, dont l’action se situe dans un quartier populaire de Budapest.
Liliom, le bonimenteur qui propose ses tours de magie dans les foires, plait aux femmes. Il plait à Madame Muscat, tenancière de stands d’attractions, à Louise et à Julie qui se laissent aller avec lui, dans le tourbillon des manèges. C’est Julie qui l’emporte sur les autres, et c’est elle que Liliom finit par épouser. Mais le beau garçon charmeur, on pouvait s’y attendre, fait un piètre mari. Entraîné par son acolyte, le Dandy, et une future paternité qu’il voudrait pouvoir assumer même s’il ne l’avoue pas, il se lance dans de mauvais projets qui finiront par l’acculer au suicide. Il lui faudra attendre des années, l’opportunité d’un bref retour sur terre, pour qu’il tente de racheter ses fautes.
"Liliom" réunit, dans un dédale d’événements conduits par la dissimulation des sentiments, la résistance à la tendresse, les mauvais choix inéluctables, tous les ingrédients du mélodrame.
Liliom, le mauvais garçon de façade, Julie, que tout destine à son rôle de victime, Madame Muscat forte en gueule mais grand cœur ou Julie qui tricote son plan de vie, évoluent chacun dans l’étroit sillon de son destin…
La mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia, la traduction du texte qui actualise discrètement l’univers de la banlieue de l’époque, le jeu légèrement distancié des comédiens contribuent à éviter les écueils qui pouvaient menacer le choix d’ un texte dénonçant l’injustice, la lâcheté humaine et la prédestination au malheur des laissés pour compte de la société.
Au lieu du spectacle désuet ou, au contraire, trop adapté à l’actualité qu’on pouvait craindre, on se trouve face à un théâtre singulier, plutôt inclassable, qui fait la part belle, avec la même efficacité et beaucoup de justesse parfois, à la tendresse, à l’émotion, à la violence et donne une âme à des personnages attendus.
La peinture contrastée de cette société marginale et déshéritée échappe au naturalisme qui guettait et accède tout à coup, avec une certaine ampleur, de l’intime et du charme, à l’universel.
Si le plaisir qu’on prend au début du spectacle est plutôt hésitant, "Liliom" ne cessant de dévoiler ses qualités, laisse opérer son charme et nous embarque dans un curieux crescendo, un peu comme s’il s’était insidieusement glissé, entre les ligne du texte, un effet de magie qui nous aurait échappé.
En fait de magie, il s’agit tout simplement des effets cumulés d’une construction dramatique précise, d’une mise en scène subtile et d’une interprétation de grande qualité…
Un beau spectacle.
Francis Dubois

Nouveau théâtre de Montreuil - CDN
10, place Jean-Jaurès - 93100 Montreuil
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits mais sur réservation impérative) : 01 48 70 48 90

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Mademoiselle Julie »
    La pièce d’August Strindberg a été montée plusieurs fois la saison passée, pourtant on a l’impression de la redécouvrir chaque fois au gré des adaptations et des interprétations, tant elle est riche et... Lire la suite (19 septembre)
  • « L’Amérique n’existe pas »
    Un homme, bien seul au milieu de cartons plus ou moins bien empilés, se lance dans un monologue. Il raconte des histoires, il fait naître des personnages comme cet homme qui ne monte jamais dans un... Lire la suite (18 septembre)
  • « À l’abordage »
    Sasha troublée par la beauté d’un jeune homme Ayden arrive avec son amie Carlie dans la communauté où il habite avec un maître à penser charismatique, Kinbote, secondé par sa sœur, Théodora. Kinbote... Lire la suite (18 septembre)
  • « Contes et légendes »
    L’intelligence artificielle est au cœur des recherches scientifiques d’aujourd’hui. Simples remplaçants des hommes pour des tâches répétitives ou dangereuses au départ, on ferait bien aujourd’hui des... Lire la suite (17 septembre)
  • « Où est mon chandail islandais ? »
    Knutte est revenu au village pour l’enterrement de son père. Il n’est pas venu les mains vides, mais les poches pleines de bière, sans compter celles qu’il pourra trouver, ainsi que quelques... Lire la suite (17 septembre)