Actualité théâtrale

Du 28 mai au 28 juin à l’Odéon, ateliers Berthier

« Liliom »

Reprise de la critique N° 27547« Liliom », de Ferenc Molnàr du 1° octobre 2014, la pièce étant rejouée dans un nouveau lieu.

Liliom, bonimenteur de fête foraine dans un faubourg de Budapest, attire les petites bonnes et les employées qui, toutes, tournent autour de lui. Madame Muscat, la patronne du manège, jalouse, veut chasser Julie, qui semble plaire à Liliom. Celui-ci refuse, est renvoyé et part avec Julie, qu’il épouse. Au chômage, sans argent, Liliom s’encanaille avec son ami Dandy. Ayant appris que Julie est enceinte, il accepte de monter avec Dandy un hold-up contre un transporteur de fonds. Le projet tourne mal, Liliom se suicide. Jusque là on pourrait penser à un drame social, mais la pièce bascule ensuite dans un monde onirique, poétique, celui du tribunal céleste où les « détectives de Dieu » examinent la situation de Liliom.

La pièce de Ferenc Molnàr, écrite en 1909, a été beaucoup jouée au théâtre, a fait l’objet de plusieurs films, dont celui de Fritz Lang avec Charles Boyer dans le rôle titre et même d’une comédie musicale. Ce n’est pas un hasard car on y trouve ce mélange de réalisme et de poésie, d’émotion et de burlesque, ces personnages complexes, cette richesse des sentiments qui marquent les grandes œuvres. Liliom certes n’est pas un ange, il est menteur, un peu voleur, violent, mais il n’est pas foncièrement malhonnête, il aime Julie, mais ne sait pas le lui dire. Julie l’aime, c’est comme cela. Parfois méchante, elle non plus ne sait pas exprimer ce qu’elle ressent. Tous deux sont des insoumis par rapport aux patrons ou à la police, tous deux sont handicapés par leur manque de mots. La traduction de la pièce modernisée abandonne l’argot daté et fait la part belle aux expressions imagées et inventives à la Audiard.

Jean Bellorini, le nouveau tout jeune directeur du Théâtre Gérard Philipe, reprend Lil iom et le résultat est magnifique. Sur la scène un manège de vraies auto-tamponneuses et une roulotte. Plus tard une grande roue s’éclairera et tournera lentement. Dans ce décor de fête foraine le désarroi de Liliom et de Julie est encore plus criant. Le mélange de réalisme et de poésie est parfaitement réussi. Il y a de l’émotion quand Julie et Liliom se parlent assis sur un mur mais aussi de la violence dans leurs rapports et des moments burlesques, avec les policiers devenus des anges au ciel, car là aussi c’est un commissariat qui attend les pauvres. Il n’est pas question de sombrer dans un naturalisme qui dénaturerait l’œuvre de Molnàr. Le metteur en scène nous rappelle que nous sommes au théâtre. Juché sur une haute estrade, un musicien annonce chacun des sept tableaux qui composent la pièce et lit certaines des didascalies, ce qui permet de s’imprégner en douceur de chaque nouvelle ambiance. Un pianiste, une batterie, une trompette, une harpe et la voix des acteurs qui fredonnent apportent un écrin musical aux sentiments qui entraînent le spectateur de la gaîté à la mélancolie.

La réussite du spectacle tient aussi aux acteurs. Julien Bouanich est un Liliom frêle, immature et paumé. Clara Mayer, obstinée, opaque, parfois méchante est déconcertante, tout comme Julie. Delphine Cottu joue avec finesse une Madame Muscat, sûre d’être supérieure socialement à Julie et Liliom, et pourtant bien fragile.

Jean Bellorini dit que le théâtre doit être une fête où l’on rit, on pleure, on réfléchit et c’est ce qui se passe merveilleusement bien ici.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 15h, relâche le lundi.

Théâtre de l’Odéon, Ateliers Berthier

1 rue André Suares, 75017 Paris

Réservations : 01 44 85 40 00

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