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Un film de Hong Khaou (Royaume-Uni)

"Lilting ou la délicatesse" Sortie en salles le 15 octobre 2014.

Pour pouvoir vivre librement son amour avec son compagnon, Kai a placé sa mère, une sino-cambodgienne qui n’a jamais pu apprendre l’anglais, dans une maison de retraite londonienne où elle se retrouve d’autant plus isolée.

Or, le jour où il décide de faire son coming-out dans le but de trouver une meilleure solution pour les vieux jours de sa mère, il meurt dans un accident de la circulation.

Junn, la mère et Richard le compagnon sont très éprouvés par la disparition subite de l’être cher.

Richard souhaite se rapprocher de la mère inconsolable et pour abattre la barrière de la langue qui les empêche de communiquer, il engage une interprète dont la délicate tâche sera de traduire au plus près, les paroles échangées.

Junn renouera-t-elle avec Alan, un vieil anglais qui lui faisait la cour et lui offrait un bouquet de fleurs quotidien mais avec qui - elle ne s’exprimant qu’en mandarin et lui que dans la langue anglaise - les rapports étaient faussés.

Cinéma : Lilting

Il émane de "Lilting ou la délicatesse" , le premier film de Hong Khaou, beaucoup de nostalgie.

On y cultive le regret, la culpabilité.

On y aborde le problème de l’âge pour ceux qui sont entrés dans la phase des dernières années de vie et celui de la descendance, partagée entre l’amour pour ses proches vieillissants et le désir de vivre pleinement sa propre vie.

L’infinie délicatesse avec laquelle ces sujets sont abordés repose surtout sur le personnage de Junn à qui Cheng Pei-Pei (légende du cinéma d’arts martiaux et première héroïne des films d’action honkongais) donne beaucoup d’élégance, de raffinement et de dignité.

Les scènes d’intimité entre Richard et Kai sont traitées sans détour mais avec la même délicatesse

Les personnages intermédiaires que sont la jeune interprète et Alan le vieil anglais ouvrent le récit sur des tonalités différentes.

Quelle relation finit par s’établir entre Richard et la traductrice ? Le fait que la jeune fille, par ses interventions quotidiennes, finisse par entrer dans la confidence du garçon a-t-il favorisé un rapprochement entre les deux jeunes gens ? La relation amicale (amoureuse ?) est-elle fantasmée, réelle ?

Il en est tout autrement du personnage d’Alan dont l’aspect très "british" contraste avec son langage qui peut être conforme à son apparence mais tout aussi bien déraper et glisser du côté d’une coloration triviale.

Ses façons tout à coup frontales d’exprimer son désir pour Junn, pour être surprenantes n’en sont pas moins drôles. Mais une fois encore, son propos flirtant avec la vulgarité est-il réel ou bien relève-t-il du fantasme verbal ?

"Lilting ou la délicatesse " est une œuvre très personnelle, charmante et déroutante. Hong Khaou nous promène pendant une heure trente dans son univers singulier en compagnie de personnages attachants, tour à tour émouvants ou drôles.

La texture complexe de la trame narrative, l’infiltration subtile des flashes-back, la fluidité des enchaînements, la profondeur avec laquelle les sujets graves sont traités, la qualité de l’interprétation, les ruptures de ton, la légèreté de certains moments, contribuent à l’originalité de ce premier film et à sa réussite.

A découvrir.

Francis Dubois

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