Autour du Jazz

Mémoires d’avenir

« Live at the Jacques Pelzer Jazz Club » Une musique qui n’oublie rien.

« Lucky Dog » - pourquoi les chiens ne seraient pas heureux ? – est un groupe à géométrie variable fondé par le saxophoniste, ténor et soprano, Frédéric Borey. Il suit la voie ouverte par le groupe de Don Cherry, « Old and New Dream », une devise qui lui sied à merveille. Lui et ses compagnons, qu’il entraîne dans son infortune, nous baladent entre vieux et nouveaux rêves, dans un espace qu’ils arrivent à rendre particulier et qui demande à être visité. Chacun, dans le groupe à la fois suit son inspiration et la partage avec les trois autres pour créer un son d’ensemble. Manière de lier l’individuel et le collectif en processus créatif.

Jazz : Jack Pelzer Jazz Club

Le quartet, enregistré ici en direct, « Live at the Jacques Pelzer Jazz Club », s’entend à dérouter les spectateurs comme les auditeurs. La trompette de Yoann Loustalot évoque Booker Little autant que Don Cherry tout en chantonnant à nos oreilles des histoires de notre temps, d’un temps étrange où les rythmes des compositions zigzaguent entre différents espaces. Le répertoire, signé moitié par Loustalot, moitié par Borey, laisse des espaces de liberté à la créativité des deux autres protagonistes, Yoni Zelnik, contrebassiste qui sait conserver le soubassement nécessaire pour que les trois autres puissent s’évader et Frédéric Pasqua, à la batterie, dans la droite ligne des Billy Higgins et Ed Blackwell, incite, excite pour aller encore plus loin.

Les mémoires du jazz sont multiples, sans oublier celle de Jacques Pelzer, saxophoniste alto, flûtiste qui a joué aux côtés de Chet Baker, et permettent des ouvertures personnelles pour construire un futur qui dépasse toutes les traditions. Il serait possible de multiplier les références – celles du quartet d’Anthony Braxton et de Kenny Wheeler en même temps que celui d’Ornette Coleman – qui auraient peut-être pour effet de s’éloigner du sujet. Le sujet ? Une musique dansante, chaleureuse, vivante, pleine de cette pulsation du jazz qui lui donne son actualité et sa force.

Le chien est heureux sans doute mais il n’est pas le seul. Entrez, vous êtes à votre place.

Nicolas Béniès

« Live at the Jacques Pelzer Jazz Club », Lucky Dog, Fresh Sound New Talent.

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