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Un film de Lisandro Alonso (Argentine-France)

"Liverpool" Sortie en salles le 5 août

Le marin Farell profite d’une escale à Ushuaïa pour aller rendre une dernière visite à sa vieille mère agonisante au fin fond de la Patagonie. Depuis le moment où, à l’approche du port, il enfouit dans son sac, avec la bouteille de vodka, les quelques effets nécessaires à son voyage jusqu’à celui où il repart de la modeste maison familiale, aucun événement saillant n’aura nourri le récit.
On suit Farell dans sa progression en stop ou à pied à travers une terre de feu enneigée jusqu’au village de bûcherons et de trappeurs qui semble être un lieu du bout du monde livré à des êtres âpres et vides de toute émotion.
SNES_Liverpool
La force de "Liverpool" est dans la précision méticuleuse d’une photographie époustouflante, dans l’orangé d’un coucher de soleil, dans l’importance du moindre geste, du moindre regard, du moindre bruit. L’aventure du voyage est bien là. Il n’y manque pas une étape et le danger qui menace est palpable comme dans un récit épique. Toute la substance du film est dans la retenue, quand la narration se confond avec le silence et la rudesse des personnages ou la rigueur du décor. Et on ne sait par quel miracle, par quel effet de son immense talent, Lisandro Alonso, trouve dans le vide une substance narrative qui surpasse en efficacité toutes les gesticulations, tous les effets dont d’autres, par complaisance auraient émaillé un tel récit.
Farell nous laissera découvrir le secret qui l’a amené à entreprendre le voyage et même si son visage nous est vite familier, il ne nous livre jamais sa physionomie qu’à moitié, comme s’il était dans une extrême pudeur ou s’il voulait nous tenir à distance de sa détermination.
"Los muertos" en 2004 suivait le voyage d’un homme en pirogue à travers une végétation luxuriante jusqu’à une baraque isolée où il retrouvait sa fille.
Dans "Liverpool" on est dans cette même démarche et la nature s’accorde tant à la narration qu’elle rejaillit sur les personnages jusqu’à devenir une présence à part entière autour de laquelle s’articule ce lent périple dont on garde longtemps en tête des images simples et magnifiques…
Francis Dubois

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