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Un film de Laurent Micheli (Belgique-France)

« Lola vers la mer » Sortie en salles le 11 décembre 2019.

Lorsque Lola, jeune fille transgenre de dix huit ans est sur le point de se faire opérer, que la phase finale de sa transformation est imminente, sa mère qui l’avait toujours soutenue dans sa décision et qui s’apprêtait à l’aider financièrement, décède subitement.

Lola qui s’était brouillée avec son père qu’elle ne voyait plus depuis deux ans se confronte à lui le jour des obsèques à propos de l’urne contenant les cendres, considérant qu’elles lui reviennent de droit.

Or, le père prétend que dans ses dernières volontés exprimées, son épouse avait émis le vœux de voir ses cendres dispersées sur une plage de la côte belge où la famille possédait une maison de longue date.

Le père et la fille décident finalement d’aller ensemble sur cette plage belge où, ensemble, ils disperseront les cendres.

Au cours du voyage, ils vont petit à petit réapprendre à se côtoyer et de conflits en moments de rapprochement, d’élans l’un vers l’autre en moments de rupture, ils vont redécouvrir la chaleur des rapports filiaux.

cinéma : Lola vers la mer

Pour Laurent Micheli, le besoin de raconter un récit naît d’une double envie : traiter à la fois de l’intime et du politique. Avec «  Léa vers la mer » , la raison intime était le besoin pour le père de se replonger dans sa propre adolescence, dans cette période où pour la plupart des jeunes, le monde des adultes paraît hostile, violent, archaïque, peu à l’écoute. Et c’est cette énergie du refus et de l’opposition, ce désir urgent d’aller contre l’ordre établi, dont il a voulu charger le personnage de Léa.

Le sujet était d’autant plus difficile à traiter que Léa n’est plus une adolescente ordinaire mais un être encore trop jeune pour donner à sa vie une orientation irréversible.

La position du père s’appuie sur deux points : son refus rétrograde mais compréhensible de voir son fils devenir une fille et la sagesse face à une décision sans doute trop précoce pour qu’elle n’engendre pas de futurs regrets. Sa position est d’autant plus délicate que le passif est lourd, le conflit entre lui et sa fille ne datant pas d’hier.

Laurent Micheli traite l’évolution des rapports entre les deux personnages avec une grande délicatesse, rendant plausible chaque étape du rapprochement qui va s’opérer entre eux.

L’écriture du film, sa construction ciselée et des dialogues toujours justes, une fois de plus, contribuent à la réussite du traitement d’autant plus que ces qualités sont relayées par une interprétation de haute volée.

Benoît Magimel apporte au personnage de Philippe, avec une palette de jeu toute en nuances, l’impuissance à comprendre, la maladresse d’un père dépassé, le conflit intérieur, tout ça devant un voile d’émotion paternelle.

Mya Bollaers dont c’est la première apparition à l’écran n’avait pas la tâche facile. Elle est étonnante de naturel et compose avec Benoît Magimel, plus convaincant que jamais un tandem aussi rugueux qu’émouvant.

Un film totalement abouti et nécessaire...

Francis Dubois

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