Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

Un film de Brillante Ma Mendoza (France-Philippines)

"Lola" Sortie en salles le 5 mai

Lola signifie grand’mère en Tagalog et on sait que les Philippins sont très respectueux de leurs aînés, lesquels jouent un rôle majeur à l’intérieur de la cellule familiale.
Le petit fils de Lola Sepa a été poignardé par Matéo, le petit fils de Lola Puring pour une simple histoire de téléphone portable. Les deux vieilles dames vivent dans un quartier très pauvre et perpétuellement inondé de la banlieue de Manille. Leurs familles éprouvent de grandes difficultés à assurer un quotidien très modeste et si, du côté de Lola Sepa on a du mal à réunir la somme nécessaire à des obsèques décentes pour le jeune garçon, Lola Puring va rencontrer les mêmes difficultés pour faire face aux frais du procès qui s’annonce.
L’une et l’autre des deux aïeules, chacune très affectée par le drame qui frappe sa famille, vont se battre pour réunir les sommes nécessaires mais l’extrême pauvreté est une terrible spirale et toutes les difficultés qu’elle vont rencontrer, tracasseries administratives, déplacements parfois lointains sous des pluies diluviennes, appels à la générosité des proches et des voisins, n’auront à aucun moment raison de leur forte détermination.
Le film de Brillante Mendoza ne fait que suivre les deux grand’mères dans leurs déplacements et dans leurs démarches obstinées. Mais en montrant avec une grande simplicité narrative leurs infatigables déambulations, il fait le constat de l’extrême pauvreté et de ses conséquences dévastatrices. Si les deux aïeules restent dignes et déterminées, un glissement se fait bientôt et le souci de réunir les sommes d’argent dont elles vont avoir besoin dans des délais très brefs prend le pas sur leur drame. L’extrême pauvreté devient anesthésiante. La mort du jeune homme dont le corps attend une sépulture dans une des chambres de la modeste maison de Lola Sepa devient presque anecdotique, comme si le chagrin se noyait dans les allées et venues nécessaires, le flot des démarches et la crainte de ne pas arriver à ses fins.
A travers la désinvolture que montre Matéo pour le crime qu’il a commis, devient lisible la banalisation du pire et de l’intolérable. Et dans les simples constats que fait Brillante Mendoza, à travers de simples clichés du quotidien, apparaissent les effets profonds de la misère de ces gens qui n’ont jamais connu qu’elle, une misère qui a fini par gangrener jusqu’aux sentiments ordinaires, jusqu’aux émotions les plus naturelles.
"Lola" est un récit qui puise sa force dans une suite de séquences simples dont il se dégage au sein même du drame une incroyable mais réelle sérénité, dans les personnalités contrastées des deux vieilles dames et dans le constat frontal de ces existences éprouvées qui mènent un combat de chaque instant pour survivre coûte que coûte. C’est un leçon de dignité et la démonstration de la capacité qu’a l’homme à dépasser les limites du supportable. Mais dans ces contextes extrêmes des mots comme générosité, pardon ou solidarité ont-ils encore un sens ?
Francis Dubois

Autres articles de la rubrique Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

  • « Mignonnes »
    Amy, 11 ans, a du mal à s’intégrer dans le collège où elle est inscrite. Elle croise un groupe de filles danseuses délurées appelées « Les mignonnes » qui la fascinent au point que, pour les approcher,... Lire la suite (18 août)
  • « La femme des steppes, le flic et l’œuf »
    Le corps nu d’une femme gît sans vie sur un chemin en plein milieu de la steppe mongole. Un jeune policier sans expérience est désigné pour monter la garde auprès du cadavre en attendant l’arrivée de... Lire la suite (17 août)
  • « Voir le jour »
    Jeanne est auxiliaire de santé dans une maternité de Marseille. Avec ses collègues, elles se battent avec un emploi du temps surchargé afin de faire face du mieux qu’elles peuvent à l’accueil et à la... Lire la suite (10 août)
  • « Dawson City, le temps suspendu »
    C’est dans cette petite ville canadienne, à 500 kilomètres au sud du cercle polaire, que le conducteur d’une pelleteuse a mis au jour en 1978, lors de travaux pour un centre de loisirs, des boîtes... Lire la suite (2 août)
  • « Les Grands voisins. La cité rêvée »
    Maël est un artiste peintre sans papiers, Adrien est luthier et musicien. Eux et d’autres résidents de tous crins et venus de tous les horizons ont donné naissance à une utopie moderne en plein cœur... Lire la suite (14 mai)