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Un film de Rachid Bouchared (France)

"London River" Sortie en salles le 23 septembre

En juillet 2005, Londres est frappée par des attentats terroristes très meurtriers. Elisabeth, depuis sa ferme à Guernesey, s’inquiète de ne pouvoir joindre sa fille qui habite la capitale anglaise. Face au silence qui persiste, elle décide de faire le voyage.
Sur place, elle découvre avec étonnement que sa fille vit dans un quartier populaire, qu’elle apprend l’arabe et fréquente régulièrement la mosquée.
Ousmane a les mêmes inquiétudes à propos d’un fils qu’il a peu connu mais au sujet duquel sa mère, qui vit en Afrique, s’inquiète, toujours à cause de son silence persistant à la suite des attentats.
Leurs recherches, sous la forme d’une enquête artisanale les amène à se croiser à plusieurs reprises avant qu’Ousmane ne reconnaisse sur une photographie de groupe qu’on lui a procurée, aux côtés de son fils, la fille d’Elisabeth.
Celle-ci a beaucoup de mal à admettre ce qui, d’évidence, constitue l’essentiel de la nouvelle existence de sa fille et elle nie dans un premier temps, l’idylle amoureuse qui de toute évidence, la lie au fils d’Ousmane. Ses réactions face à la situation sont guidés par un racisme naturel, déconcertant et, face à la population colorée qu’elle est forcée de côtoyer, dans le périmètre où elle concentre ses recherches, elle se drape dans sa dignité de bourgeoise bien pensante. Les circonstances pourtant, l’obligeront à revenir sur ses certitudes…
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Rachid Bouchared reprend dans "London River" l’un de ses thèmes privilégiés, la rencontre improbable de personnes issues de pays, de cultures et de milieux différents et la nécessité pour eux malgré eux, de créer des liens auxquels rien ne les prédisposait. Si c’est là le thème central de son film, il n’en aborde pas moins les autres sujets qui nourrissent le récit : les attentats terroristes, les musulmans en Europe, la vie des quartiers dans les capitales où se concentre l’immigration, le fossé qui peut se creuser entre deux générations. Le regard d’Elisabeth est le support de tous ses thèmes et elle regarde avec un désarroi touchant s’imposer à elle et la concerner, un monde étranger au sien dont elle s’était sans doute inconsciemment et naturellement protégée. Avait-elle regardé avant cela un reportage sur des attentats autrement que de façon anecdotique, avait-elle imaginé une seule fois qu’elle pourrait marcher dans un quartier populaire, aux côtés d’un homme de couleur, avait-elle imaginé un instant que l’existence de sa fille pouvait ne pas être conforme à ce qu’elle aurait attendu si elle s’était seulement posé la question.
La peur, l’angoisse de perdre la trace de sa fille l’amèneront à réviser ses jugements, à revenir sur les idées reçues et à élargir aux autres, quels qu’ils soient, son univers étriqué et sa vision égoïste du monde.
Après "Indigènes" Rachid Bouchared a réalisé là un film intimiste, sensible, généreux et juste. Il est épaulé dans sa démarche par deux comédiens remarquables et contrastés dans la façon de traduire l’émotion : l’anglaise Brenda Blethyn et l’africain Sotigui Kouyaté. Tous deux portent déjà dans leur silhouette l’essentiel de leurs personnages.
Francis Dubois

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