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Un film de Cate Shortland (Allemagne-Australie)

"Lore" Sortie en salles le 20 février 2013

En 1945, à la fin de la guerre, Lore, encore adolescente se retrouve seule responsable de sa fratrie. Son père, un haut dignitaire nazi, a disparu et sa mère lui a laissé pour mission, au moment où elle a quitté la maison sans explication, d’accompagner ses frères et sœurs, parmi lesquels un bébé de quelques mois, jusque chez leur grand-mère à Hambourg.

Puisqu’il n’est plus question pour eux d’emprunter le train, ils doivent traverser à pied toute l’Allemagne.

Livrés à eux-mêmes, souffrant de la faim et du froid, dormant dans les bois, en plein chaos, leur chemin croise celui de Thomas, un rescapé juif (mais l’est-il vraiment ?) qui va leur venir en aide et s’attacher chaque jour un peu plus à Lore et aux enfants.

Pour survivre en pleine Forêt Noire, Lore n’a d’autre choix que de faire confiance à un juif, quelqu’un qu’elle rejette viscéralement parce qu’il lui a toujours été désigné par les siens comme un ennemi.

Le contexte du récit, la fin de la guerre, la défaite du pays, la confusion et le marasme à leur paroxysme vont charger la mission de Lore de toutes sortes de difficultés.

Lore a sans doute compris l’essentiel de la situation, la dangerosité du voyage qu’elle entreprend, mais elle a fait une promesse à sa mère qu’elle doit à tout prix tenir et porte à son avantage, comme parade, sa part d’innocence et d’inconscience.

Le personnage quoique très jeune et peu rompu jusque-là aux difficultés d’ordre matériel va faire preuve d’une exigence envers elle-même et envers ses frères et sœurs, tenant sans doute au type d’éducation qu’elle a reçue.

Le danger est de tous les instants et la confusion de la situation ne permet pas de l’anticiper. Il n’y aura pour aider Lore que sa volonté, son obstination à remplir jusqu’au bout sa mission.

D’un bout à l’autre le film de Cate Shortland est oppressant et le spectateur est soumis aux mêmes incertitudes que celles qui tenaillent la jeune fille. Les autres protagonistes, plus jeunes, ne sont pas à même de mesurer les dangers.

La présence du bébé exténué par les conditions de la marche, par la faim et le froid, est l’un des éléments qui contribue au malaise et donne peut-être ses dernières limites à une situation extrême.

Lorsque le personnage rassurant de Thomas apparaît dans le récit, survient une sorte d’apaisement. Mais il s’avère illusoire.

Le jeune homme est prêt à se dévouer pour rendre possible la mission de Lore mais lorsque celle-ci découvre, par les papiers qu’il porte sur lui, qu’il est juif, le malaise resurgit.

La haine que sa famille a toujours nourrie à l’égard des juifs a laissé en elle des traces tellement profondes que malgré les difficultés qu’elle rencontre et la certitude que Thomas pourrait être d’un grand secours pour la fratrie, elle ne peut contenir une sorte de répulsion à son égard.

Le film de Cate Shortland prend la mesure de l’immédiate après-guerre, du point de vue de l’Allemagne. Mais cette situation est perçue à travers le regard d’une jeune fille, de trois enfants et d’un bébé qui, bien sûr, ne disposent pas, de par l’existence protégée qu’ils ont connue jusque-là et de leur jeune âge, d’éléments qui pourraient leur permettre de prendre la mesure de la gravité des moments qu’ils vivent.

Il prend également la mesure d’une haine raciale incompressible, présente jusque dans les situations de survie les plus extrêmes.

La violence du film, à deux ou trois événements près, est surtout souterraine. Ses qualités narratives et esthétiques permettent à peine de supporter la force d’une menace aveugle et présente d’un bout à l’autre du récit.

Francis Dubois

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