Actualité théâtrale

Jusqu’au 22 octobre au Théâtre national Bordeaux-Aquitaine (TnBA), dans le cadre du Festival Novart

« Lorenzaccio »

Florence, 1537, sous le règne du Duc Alexandre de Médicis. Tout est pourri à Florence, le pouvoir est corrompu, le tyran et sa cour ne respectent rien, ni l’Église, dont il est un représentant et qui ne se respecte pas elle-même (le Cardinal parle à sa belle-sœur comme une mère maquerelle), ni le peuple, ni les jeunes filles, même nobles, vite transformées en catins. Lorenzo, le cousin du Duc l’accompagne dans ses orgies et souvent les organise. Il a perdu son innocence, ses aspirations idéales, il ne croit plus à rien. Il est même prêt à tuer le Duc, tout en pensant que cela ne changera rien. Juste pour voir ?
Musset a écrit, sur une idée de Georges Sand, cette pièce alors qu’il n’avait que 23 ans, en 1833. Telle quelle, plus de 80 personnages et 36 changements de décor, elle est injouable. Catherine Marnas l’a resserrée et centrée sur Lorenzo, ce petit frère d’Hamlet. On peut trouver dans cette pièce, écrite après l’échec des journées révolutionnaires de 1830 et alors que la bourgeoisie s’est rapidement soumise à Louis-Philippe, un écho de notre époque. On y voit une classe politique de plus en plus vulgaire et cynique, largement rejetée par une jeunesse qui ne peut plus croire en elle, une jeunesse qui s’exaspère devant l’immobilisme et la passivité des citoyens.
C’est cet aspect qu’a privilégié Catherine Marnas. Pas de décor évoquant les splendeurs florentines, mais une atmosphère crépusculaire avec un immense divan rouge, couleur du pouvoir, où le Duc se vautre et baise. La pièce baigne dans une ambiance de carnaval orgiaque, de sexualité débridée où la prostitution ronge les corps et les esprits : musique rock, corps déchaînés, pétards et confettis, duc déguisé en nonne, marquise en jarretelles et bas noirs. En fond de scène un rideau de lames de plastique souples cache ce qui ne doit pas être vu et laisse passer la voix du peuple, celle des opposants. Catherine Marnas, tout en respectant la langue de Musset, a resserré la pièce autour d’une douzaine de personnages joués par huit acteurs, le Duc et Lorenzo bien sûr, mais aussi la Marquise qui veut croire que l’amour peut changer le tyran, Tebaldeo qui préfère se réfugier dans l’art, Pierre qui se lance dans l’action sans réfléchir. Elle a mis au centre Philippe, l’humaniste, qui espère toujours que la culture et le savoir peuvent changer les choses, qui reproche à Lorenzo de mépriser les hommes à quoi Lorenzo répond : « Je ne les méprise point, je les connais. Je suis persuadé qu’il y en a très peu de méchants, beaucoup de lâches et un grand nombre d’indifférents ». Comme tout change pour que rien ne change, c’est le même acteur qui incarne Alexandre de Médicis et son successeur Côme de Médicis.
Tous les acteurs sont bons avec une mention spéciale pour Vincent Dissez, qui campe un Lorenzo capable d’alterner danse déchaînée et gravité comme il alterne la perversion cynique et le regret de l’idéal perdu.
Théâtre : Lorenzaccio

Comme le dit Alexandre Péraud, maître de conférences en littérature française à l’Université de Bordeaux : « Cette pièce est moins une pièce universelle, qu’elle ne parle à notre époque de notre époque ». Merci à Catherine Marnas de nous l’avoir fait redécouvrir.

Micheline Rousselet

Mardi et vendredi à 20h30, mercredi et jeudi à 19h30, samedi à 19h
TnBA, Théâtre du Port de la Lune
Place Renaudel, Bordeaux
En tournée ensuite avec entre autres Marseille, Bourges, Angoulême, Périgueux, Brive.

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