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Un film d’Alejandro Fadel (Argentine)

"Los Salvajes" Sortie en salles le 27 mars 2013

Quelque part en Argentine, cinq adolescents s’évadent de la maison de redressement où ils avaient été enfermés. Une fois dehors, le choix de leur destination étant incertaine, ils entament une longue marche à travers la Pampa.

Pour avancer et survivre, ils tuent ou pillent les rares personnes qu’ils rencontrent sur leur route et d’une fois à l’autre, la cruauté grandit.

La drogue les aide à oublier mais au fur et à mesure qu’ils s’enfoncent dans des paysages de plus en plus hostiles, ils se perdent.

Le groupe se disloque et chacun devient une menace pour l’autre. La sauvagerie qui était jusque-là la réaction des bêtes traquées les gagne petit à petit.

Très vite le film d’Alejandro Fadel trouve sa place dans un conflit entre deux mondes contrastés. D’un côté, les jeunes hors-la-loi que rien ne freine dans la sauvagerie, qui trouvent dans la violence une raison d’être et d’autre part, des paysages bucoliques empreints de liberté et d’harmonie mais qui vont bientôt s’avérer hostiles et où les protagonistes vont se retrouver comme pris au piège.

Une des forces du film provient sans doute du fait qu’Alejandro Fadel a choisi pour interpréter ses personnages, des adolescents amateurs qui avaient un vécu similaire à celui des protagonistes et qu’il a tourné dans des régions et selon un parcours au plus proche de celui qui guide le récit.

Les conditions extrêmes de tournage, l’intensité de ces cinq semaines à travers la Pampa ont servi l’authenticité des faits qui surviennent et situé le film dans une production proche du documentaire, avec cependant une vraie histoire. Et c’est là que surgissent les questions.

Car, ce qui interroge le plus à propos du film d’Alejandro Fadel, c’est cette démonstration permanente d’une violence extrême et presque toujours meurtrière.

Le chemin de la liberté pour ces cinq évadés d’un centre de redressement doit-il passer par de tels actes de destruction ?

Toute humanité semble avoir complètement déserté les personnages au point qu’ils ne vont pas tarder à se faire subir la même cruauté les uns les autres, du moment qu’ils se seront séparés et que chacun, isolé, deviendra plus vulnérable et l’ennemi potentiel de l’autre.

De là à voir dans le récit une complaisance à la violence ?

Quelle image de l’humanité Alejandro Fadel veut-il donner avec cette chasse à l’homme sans enjeux.

" Los salvajes" s’apparenterait-il aux jeux vidéo de poursuites-massacres qui n’ont sur un écran aucune réalité ? Mais ici les personnages sont de chair et de sang et la fougue liée à leur jeune âge, le passé peut-être douloureux qui les poursuit et les entraîne ne peuvent justifier le sentiment de malaise qui occupe tout le film et l’effroi qui naît d’un tel degré de soif sanguinaire.

L’homme devient ici un loup pour l’homme et quand bien même les circonstances extrêmes peuvent venir en "circonstances atténuantes", ce regard pessimiste sur l’espèce humaine, dérange.

Un beau film, pourtant hanté de visages rudes ou angéliques.

Francis Dubois

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