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Un film de Cordula Kablitz-Prost (Allemagne)

« Lou Andreas-Salomé » Sortie en salles le 31 mai 2017.

Lou Andreas-Salomé a cessé d’exercer la psychanalyse depuis que les nazis qui considèrent cette science comme juive, opèrent des autodafés de livres.

Elle reçoit alors la visite du germaniste Ernst Pfeiffer qui lui demande de l’aider à conseiller un ami en difficulté. Elle comprend très vite que les conseils qu’elle pourrait lui prodiguer sont pour son propre compte. Et après avoir décliné sa demande, elle propose à l’écrivain de la seconder dans la rédaction de ses mémoires qu’elle projette d’écrire.

Commence alors une longue collaboration qui gagne en amitié et complicité.

Ce qu’elle dicte au jeune homme retrace sa jeunesse parmi la communauté allemande de Saint-Pétersbourg qui place la femme dans un rôle subordonné.

Puis, elle évoque ses relations avec Nietzsche, Freud et la passion qui l’a unie à Rainer Maria Rilke.

Tous ces souvenirs révèlent un contraste entre autonomie et intimité et le désir de vivre sa liberté plutôt que de la prêcher comme ses confrères.

Cinéma : Lou Andreas-Salomé

On peut craindre, avec les premières séquences du film, que Cordula Kablitz-Prost ne nous propose qu’un biopic classique retraçant de façon linéaire la vie de cette femme d’exception.

Mais très vite, par sa construction en volets alternés, on découvre que «  Lou Andreas-Salomé  » échappe à ce piège tendu.

Les différents épisodes de la vie de celle qui fut égérie intellectuelle, romancière et psychanalyste sont à la fois distincts (ils apparaissent dans un désordre chronologique) et constituent un ensemble totalement cohérent.

Le personnage est interprété par quatre comédiennes aux différents âges de sa vie : Lou Salomé à 6 ans, à seize ans, puis de 21 à 50 ans, et enfin, à 72 ans.

Les épisodes majeurs seront bien sûr ceux qui relatent ses souvenirs entre 21 et 72 ans.

Ils sont, pour les trois premières périodes de sa vie, l’illustration de ce que Lou Andreas-Salomé révèle à Ernt Pfeifer.

La construction du récit est rendue passionnante par des flash-back en aller-retour et une multitude de trouvailles dans la forme ; ainsi les personnages peuvent évoluer dans un décor de cartes postales, façon chromo. Et ce simple détail qui n’est jamais sur-utilisé donne au film, une fantaisie, une distance qui l’aèrent.

Les comédiennes sont remarquables et notamment Katherina Lorenz dans le rôle de Lou Andreas-Salomé de 21 à 50 ans et Nicole Heesters dans le rôle de Lou à 72 ans.

Et Cordula Kablitz-Post a réussi le tour de force de restituer la vie de Lou Andreas-Salomé sur plus de cinquante années en jonglant de façon virtuose entre le présent et le passé et en offrant à chaque personnage annexe un relief, une incarnation aussi charnelle qu’intellectuelle.

Et son film permet de faire la lumière que figure essentielle des lettres et de la psychanalyse que les effets du temps avaient effacée.

C’est pathétique, tonique et joyeux dans des décors qui alternent les intérieurs sombres et la grande lumières des paysages champêtres.

Une réussite.

Francis Dubois

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