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Un film de Jessica Hausner (Autriche France Allemagne)

"Lourdes" Sorties en salles le 27 juillet 2011

Le titre n’est pas trompeur. Il s’agit bien d’un film sur Lourdes, ses pèlerins et ses miracles, sur l’espoir d’en revenir sur ses deux jambes pour les paralytiques, voyant pour les aveugles et entendant pour les sourds.
Mais si "Lourdes" est là où on l’attend, il sait, avec des personnages à peine décalés, des situations à peine faussées, des clins d’œil qui lorgnent du côté de la farce ou du gag à peine perceptibles, devenir un film atypique dont on pourrait dire qu’il porte un constant regard espiègle sur lui-même et sur ce qu’il véhicule.
Christine, la trentaine passée n’a connu, de la presque totalité de son existence, qu’un fauteuil roulant.

© Martin_Gschlacht

Coutumière des pèlerinages, à défaut de quoi elle ne sortirait jamais de chez elle, elle se rend à Lourdes. Mais alors qu’elle n’y croit pas vraiment, elle se retrouve une nuit sur ses deux jambes.
Du coup, un séduisant membre de l’Ordre de Malte la préfère à la jolie Maria, accompagnatrice dévouée qui fait au cours de ce pèlerinage le plein de bonnes actions.
"Lourdes" suit à première vue un tracé convenu. Il montre les éléments du processus de pèlerinage souvent sans ellipse, dans la durée : les rituels, les lieux, le défilé des pèlerins.
Les personnages qu’on croise et qui constituent le groupe de proximité sont, dans un premier temps, sans surprise. Un vieux monsieur en fauteuil roulant, une jeune fille aphasique, un nain et quelques "satellites" droits sur leurs mollets : deux pipelettes en attente de reconnaissance en cas d’événement marquant. Une vieille dame qui prendrait bien sa part du miracle…
"Lourdes" tend vers un questionnement général et le miracle qui a lieu ne tient pas forcément à la religion, à la foi. Il ne contient pas non plus une morale ou un sens. La miraculée du récit n’est pas quelqu’un de particulièrement croyant.
En dehors de l’aspect folklorique ou mercantile où le film ne s’attarde pas, rien n’évoque la présence ou la force d’un être supérieur et Jessica Hausner réalise un film à contre-sens de la tendance actuelle. Il n’attaque pas la religion, respecte la croyance et il puise dans la dérision et une sorte d’insolence larvée, la part de scepticisme qu’il véhicule.
Les comédiens se coulent parfaitement dans le singularité du récit ou peut-être sont-ce eux qui donnent au récit cette coloration particulière.
Sylvie Testud est magnifique quand elle déjoue, de façon presque imperceptible, les pièges qui jalonnent le parcours de son personnage. Elle n’est jamais dans ce qui coulerait de source mais dans ce léger décalage qui change tout. Un geste, un regard, un simple mouvement de tête suffisent à détruire le stéréotype. On est surpris de trouver Léa Seydoux dans le rôle d’une accompagnatrice à demi fervente. On pense dans un premier temps que son personnage est insignifiant mais deux ou trois instants suffisent à lui donner un relief, une rugosité étonnants. Il suffit de la voir maladroitement embarquée dans une valse effrénée, pour mesurer tout le talent de cette jeune comédienne douée…
Francis Dubois

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