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Un film de Lou Ye (France)

 "Love and Bruises" Sortie en salles le 2 novembre 2011

Hua, étudiante chinoise, vivant depuis peu à Paris, rompt douloureusement avec un français qu’elle avait connu en Chine.

A peine remise de sa déception amoureuse, elle rencontre Mathieu, un jeune ouvrier fougueux qui s’amourache d’elle. Quand elle finit par se prendre au jeu de son amour, leur liaison devient intense et passionnelle. Mais Mathieu est possessif, jaloux et c’est dans la difficulté relationnelle que se révèlent les incompatibilités entre l’étudiante érudite et l’ouvrier.

Hua décide de retourner en Chine mais une fois dans son pays, elle prend toute la mesure de l’importance de Mathieu.

Lou Ye à qui on doit l’atypique et très personnel "Nuit d’ivresse printanière" a réalisé ce film en France, avec des comédiens français, sans connaître un mot de notre langue.

Et de ce fait, le charme de "Love and bruises" tient au brassage des deux cultures.

Il est, par certains côtés, indéniablement un film franco-parisien mais, en arrière-plan, dans le traitement, dans la façon de filmer, on ne peut pas ne pas l’attribuer au réalisateur chinois.

Par cet étrange mélange, le spectateur est conduit à travers le Paris du 18ème arrondissement réaliste mais vu à travers le filtre du regard d’un réalisateur étranger.

Le brassage tient aussi aux présences très contrastées des deux protagonistes et au jeu très différent des comédiens qui les interprètent. La gestuelle, la direction des regards, les attitudes, la façon de livrer ses sentiments sont tout aussi contrastées.

Mathieu est un personnage entier, tout d’un bloc et limpide, chez qui tout se déchiffre au premier regard. Hua est une jeune fille secrète, presque fuyante, souvent indéchiffrable. Son attitude réservée laisse planer du mystère persistant sur son implication amoureuse..

Lou Ye joue sur le contraste avec délicatesse et conduit un récit feutré où les personnages secondaires disposent de vraies partitions.

Le personnage de Giovanni appartient au monde sombre de Mathieu ; Eric, son copain de travail est un bon gars généreux. L’un et l’autre, silhouettes franchement parisiennes, disparaissent par la suite, laissant le champ à la partie chinoise du film, quand Hua se retrouve dans sa ville natale où elle tente de retrouver sa place.

Les lieux ont ici, comme toujours chez Lou Ye, une grande importance et la façon de les appréhender avec l’image et les mouvements de caméra éclairent à la fois les personnages et les situations. Le 18ième arrondissement de Paris, ses petits restaurants, ses ruelles, ses marchés grouillants de monde, est filmé à une autre hauteur que l’est la ville chinoise ou la région du Nord de la France où s’achève le récit.

Ces fluctuations d’atmosphères et de lumière produisent avec les scènes de passion amoureuse superbement photographiées, un film tour à tour feutré et brusque où Tahar Rahim révélé par " Un prophète" , confirmé par "Des hommes libres", fait une magnifique composition de sale gosse au grand cœur. Corinne Yam lui donne la réplique avec la discrétion qui convient.

Dans les seconds rôles, Jalil Lespert et Vincent Rottiers imposent des silhouettes convaincantes, le temps de quelques belles scènes.

Francis Dubois

 

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