Année 2017-2018

Lycée et bac : des projets à combattre ! (Toulouse)

La réforme de l’affectation post-bac et celle, annoncée, du lycée et du bac, sont un véritable changement de paradigme : elles actent un projet néo-libéral de société marqué par le renoncement à l’élévation du niveau pour tous, par la sélection, et par la mise en concurrence généralisée - tant des universités que des lycées... et des lycéens !

Sans 
attendre les éventuels arbitrages de Blanquer, le SNES choisit d’alerter la profession sur car la mobilisation s’impose pour s’opposer à cette déstructuration du lycée et avec elles à une réduction des horaires disciplinaires et à une sélection progressive des élèves de la troisième jusqu’à l’université.

Lycée et bac : le modulaire... le choix de la déstructuration !

Si différents scénarios sont évoqués, il ressort clairement une philosophie générale qui est celle d’un lycée modulaire organisé en semestre et basé sur le principe d’un tronc commun ainsi que des disciplines "majeures" et "mineures (c’est le lycée façon réforme Darcos qui revient !!!), ce qui ferait disparaître les séries (les séries technologiques seraient donc aussi remises en cause dans leurs spécificité). Il est question d’un volume horaire de 27 h en seconde, 25 en première et en terminale...

Que contient le projet de réforme du lycée ?

- Fin des séries L, ES, S, STMG et STI2D (quelques séries technologiques très spécifiques seraient maintenues) remplacées par un système « majeures/mineures ».

- Mise en place de semestres (en seconde à la rentrée 2018).

- En Seconde : tronc commun et début des deux disciplines majeures au semestre 2.
- En Première : 25h semaine = tronc commun 15h + 2 disciplines majeures (2x3h) + 2 disciplines mineures.

- En Terminale : 25 h semaine = tronc commun 10h + 2 disciplines majeures (2x6h) + 2 disciplines mineures.

- Le tronc commun du cycle terminal : EPS + HG + LV + Maths + Français en Première ou Philo en Terminale.

- Les duos de majeures (qui seraient aussi duos de mineures) sont préalablement appareillés : maths phys-chimie, maths SVT, maths informatique, maths SES, phys-chimie sciences de l’ingénieur, lettres LVE, lettres arts, SES hist-géo, lettres philo. Des duos définis localement selon l’autonomie du lycée et d’autres colorés STMG ou STI2D seraient possibles.

- L’AP version « coaching » viendrait en plus (HSA ?) mais porterait exclusivement sur le parcours lycéen (2h semaine en seconde) et l’orientation (3h semaine pour le cycle terminal), donc de l’AP définitivement déconnecté des disciplines.

Cette (de)structuration est en partie ce qui permet de modifier le baccalauréat tel qu’on le connaît et de concrétiser les annonces autour de la diminution d’épreuves.

Quid du bac ?

Pour le moment, il est question de l’épreuve de français en première (écrit et l’oral) et de quatre épreuves en terminale
- Fin du premier semestre de Terminale : 2 épreuves écrites sur les deux disciplines "majeures", choisies par les élèves avec communication précoce des résultats aux universités
- Juin : un écrit de philosophie, soit différent en fonction de la « majeure » choisie (programme et sujet différents), soit identique pour tous (mais critères différents)
- Juin : 1 grand oral d’1/2h mêlant les deux disciplines majeures choisies : sujet choisi par l’élève, passé devant un jury de 3 personnes dont un non enseignant ! La note représenterait 30% des points du Bac ?
- Les disciplines mineures seraient évaluées au pire avec du contrôle continu, au « mieux », par des épreuves partielles.
- A noter aussi la disparition des épreuves de rattrapage !

Il est important de comprendre qu’une telle organisation du lycée aurait de fortes conséquences sur les postes : fragilisation de certaines disciplines (comment être certain des élèves qu’ils suivent des enseignements qui, pour eux, « ne comptent pas » ?), diminution horaire (et donc suppression de postes...), semestrialisation voire annualisation du temps de travail (et donc remise en cause de nos obligations réglementaires de services ?) !

Au concours du Capes externe, le nombre de postes offerts va baisser de 20 % en 2018 : un hasard ?

L’affectation post-bac : Parcoursup... ou la sélection généralisée !

Le gouvernement a exploité les problèmes d’APB pour en faire un problème technique quand il s’agissait qu’un problème budgétaire : le problème était et reste celui des capacités d’accueil des universités qui sont insuffisantes et qui le resteront à la rentrée prochaine, la session du bac 2018 enregistrant une hausse importante de candidats.

Malgré les efforts demandés aux universités pour créer davantage de places, il sera impossible de faire face à l’afflux de nouveaux étudiants à la rentrée, et bien difficile de mettre en place les dispositif d’accompagnement et de remédiation pour les élèves jugés fragiles ; ce qui systématisera de facto la sélection.

Autrement-dit, on peut parler de poursuite d’étude non financée... puisque pour toute une cohorte les possibilités de poursuites d’étude seront contraintes !

Évidemment la réforme du bac prend son sens dans ce contexte : le lycée modulaire, c’est réduire ce bac à ce qui permet de sélectionner...

Une orientation dévoyée !

La réforme de la procédure d’orientation (APB étant devenu Parcoursup) s’inscrit dans ce contexte. Des formations de bassin ont commencé au niveau académique et elles confirment ce que l’on annonçait : pas de réel cadrage, un flou sur les enjeux des « attendus », aucune information technique préalable sur la nouvelle plateforme mise en place ; ce qui laisse ainsi élèves, parents... et enseignants face à l’inconnu des mécanismes qui vont en réalité être à l’œuvre pour décider de la poursuite d’étude.

L’orientation risque de devenir demain l’anticipation d’une sélection qui ne dit pas son nom, selon des modalités plus ou moins explicitées, avec la transformation du rôle des enseignants qui deviendraient ceux qui cautionneraient par leur avis la sélection, et surtout préjugeraient de l’avenir scolaire de leurs élèves. Ce qui est inacceptable... !

La mobilisation nécessaire !

Il est évident que ce n’est que la mobilisation généralisée qui pourra faire revoir et abandonner projet, comme cela a été le cas pour le projet de lycée Darcos. Mais l’enjeu relève bien de l’enjeu de société : celui de la démocratisation scolaire, de la lutte contre les inégalités. C’est bien un modèle de société qu’il faut combattre avec ces réformes régressives que sont celles du lycée, et du supérieur.

Le SNES académique appelle tous les établissements à s’emparer de ces problématiques dans le cadre d’heures d’information syndicale : la préparation de rentrée 2018 qui se fait dans des conditions budgétaires qui ne sont pas à la hauteur des besoins doit être aussi l’occasion d’analyser les mécanismes de ces réformes.

L’académie de Toulouse est dotée, dans le second degré, de + 51 ETP (équivalents temps plein), pour une augmentation prévue d’effectifs de + 1.709 élèves.

A titre de comparaison, l’année dernière, pour une hausse de + 2.391 élèves, l’académie était dotée de + 200 ETP.*

Par ailleurs, les CA de préparation de rentrée doivent être l’occasion de motion et d’information de tous ces enjeux auprès des parents d’élèves notamment.

Vous trouverez sur le site national divers liens pour informer et pour agir.

- Pétition "le bac a du sens" : plus de 4 épreuves et non au contrôle continu.
- Campagne "entrée dans le supérieur" : outils et informations (motion de CA, lettre aux parents, lettre à votre parlementaire...)
- Compte-rendu de l’audience avec le ministre J-M. Blanquer
- Compte-rendu de l’audience avec la mission Mathiot
- Démonter les idées reçues sur le bac
- Le lycée modulaire : l’exemple de la Grande-Bretagne
- L’enquête bac, les résultats !
- La contribution du SNES-FSU aux discussions sur le lycée et le baccalauréat

- Motion CA
- Lettre aux parents et aux élèves
- Tract « un bac maison, et pas d’ambition : non au projet Blanquer/Mathiot ! »

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